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mardi 29 mai 2012

à propos de la naissance de la Belgique

in  Eric VANNEUFVILLE, Le coq et le Lion, la Belgique à la croisée des CheminsFrance-Empire, Paris, 1998, 185 p. pp. 51-52.

«Politiquement, le roi des Pays-Bas, Guillaume Ier, s’aliéna progressivement tant les faveurs des catholiques, par ses mesures anticléricales, que des Libéraux : mécontents dès 1815 de l’autoritarisme politique du souverain, ceux-ci en firent très vite le bouc-émissaire de la dépression économique qui frappa le pays à partir de 1820; ils lui reprochèrent son parti pris ultra-libéral, libre-échangiste, susceptible de menacer l’industrie belge face au dynamisme anglais; enfin, ils luttèrent énergiquement contre la politique linguistique royale qui s’efforçait d’imposer le néerlandais en seule langue officielle dans les régions flamandes, y compris donc à Bruxelles. Et sur ce point, ils obtinrent même l’appui du haut clergé catholique, aussi peu neerlandophone que tolérant vis-à-vis d’un roi «hérétique protestant».
            De fait, en 1830, l’on retrouve coalisés contre Guillaume les catholiques et les libéraux, unis sur le front de la francophonie: l’arrêté royal du 4 juin 1830 rétablissant une liberté linguistique totale en pays flamand et à Bruxelles, renforça l’élite francophone dans le sentiment qu’unie elle pouvait tout obtenir, y compris le départ du roi et les leviers de commande dans les Pays-Bas méridionaux.
            La Révolution belge de 1830 fut donc causée par l’opposition au roi néerlandais de la bourgeoisie libérale et des élites francophones. Elle fut permise, comme toujours dans l’histoire des Pays-Bas, par les grandes puissances étrangères voisines, ici la France et l’Angleterre.
            Lorsque la Révolution belge éclata en août 1830, à Bruxelles, au sein d’un cercle francophone qui s’élargit rapidement à tous les mécontents du roi protestant, les grandes puissances continentales ne s’alarmèrent que modérément: elles comprirent assez vite que la bourgeoisie avait pris en main la situation et que la France louis-philipparde qui soutenait le mouvement, y compris militairement, n’irait pas jusqu’à heurter de front l’Angleterre en s’efforçant d’annexer la Belgique d’une façon ou d’une autre.
            Ce fut d’ailleurs à l’initiative de l’Angleterre que la Belgique fut internationalement portée sur les fonts baptismaux, lors de la conférence de Londres en 1831, en tant qu’Etat aussi indépendant que neutre. Le parti français qui à Bruxelles avait voulu offrir le trône au duc de Nemours, fils de Louis-Philippe, dut renoncer: le roi de France ne souhaita pas entrer en conflit, pour ce motif, avec l’Angleterre. Il se contenta d’assurer l’indépendance belge par l’envoi sur place de troupes françaises qui mirent en échec la tentative du Roi Guillaume de reconquérir les Pays-Bas du sud; il donna sa fille Louise en mariage au nouveau roi des Belges, Léopold de Saxe-Cobourg, Ier du nom. Le nouveau souverain, prince allemand, oncle de la reine Victoria d’Angleterre, époux d’une princesse française, symbolisait ainsi tout ce que la naissance de la Belgique devait à l’Europe.»

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