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jeudi 9 février 2012

4 juin 1940 : la reddition des troupes à Dunkerque

In SOLDAT Gaston DEBALLE ou « Le journal de route d’un vétéran », éditions LA VOIX DU NORD, Lille, 1990


Mardi 4 juin 1940


Sur les dunes, des drapeaux blancs flottent un peu partout. La ville s’est rendue. Nous sommes faits.


Gustin est abattu. Des soldats brisent leur fusil, cassent leurs jumelles. Six soldats allemands circulent tranquillement. C’est un groupe de prisonniers. Ils se dirigent vers le phare d’où, dix minutes plus tard, le drapeau à croix gammée flotte. De toutes parts, des troupes motorisées affluent : autos, side-cars, mitrailleuses. Qu’un de nous fasse feu sur eux et je parie qu’il y aura un carnage parmi nous. Mais tout est calme.


Les officiers montent sur les grues, les ponts roulants et inspectent les prisonniers. Assis sur le sable, nous attendons la suite. Des soldats passent parmi nous, demandent les jumelles et les revolvers. Nous sommes libres de circuler dans le port, on parle même de nous renvoyer chez nous. Un canard sans aucun doute !


A onze heures, en rangs par quatre, nous partons à travers les dunes. Nous passons devant des officiers qui nous démembrent : 40.000 environ… Aucune sentinelle !


De fatigue, nous nous allongeons sur le sable, d’autres sous une tente improvisée, mangent un morceau de sucre… Le formidable incendie des dépôts d’huile et d’essence continue. Tout est noir de fumée, désolé, les routes sont défoncées. Les Allemands jouent au ballon le long de la mer sans s’occuper de nous.


Le défilé de prisonniers continue. Gustin et moi allons vers Saint-Pol. Tout n’est que ruines, un tas de casques français est là, nous jetons le nôtre. Dans les faubourgs de Dunkerque, les abords de la ville n’ont apparemment pas trop souffert, pas mal d’habitants nous regardent passer. Puisque nous sommes libres, nous regagnons Lille à pied.


Tout est démoli. Un pont a sauté, des verrières et marquises sont en ruines. La gare est toute bouleversée, quelques incendies brûlent encore. A Coudekerque, nous longeons le canal, où nous croisons des motocyclistes et camions allemands qui ne s’intéressent aucunement à nous. Drôle de façon de faire des prisonniers ! A cinq heures du soir, nous nous installons sur un talus où nous mangeons des oignons crus trouvés dans un jardin. Nous continuons la route vers Bergues. Demain soir, nous serons peut-être à Lille. Cela va faire la troisième fois que nous allons à Lille en quinze jours.


Un bel incendie s’élève de Bergues. Nous franchissons le canal sur un pont de bateaux construit par les Allemands. Au fur et à mesure que l’on avance, des sentinelles barrent les routes de l’ouest et du sud. Sans être gardés, nous sommes canalisés sur une seule et unique route, celle de l’est. Au carrefour de la route de Lille et de Dixmude, nous voulons prendre la route de Lille, une sentinelle nous envoie un jet de lampe électrique en pleine face…


- « Acht so ! Gefangen ? Rexpoëde… »


Lille nous est interdite. Des prisonniers se présentent sans cesse au carrefour, à chaque fois, la sentinelle leur lance un faisceau de lumière et ajoute :


- « Rexpoëde ».


Des prisonniers se joignent à nous, cela fait boule de neige. A minuit, nous sommes bien deux cents à marcher dans la nuit…

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