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samedi 28 janvier 2012

Notice historique sur la commune de Petite-Synthe (1873)

NOTICE HISTORIQUE SUR LA COMMUNE DE PETITE-SYNTHE


ARRONDISSEMENT DE DUNKERQUE (NORD)


Par M. Verbeke, Instituteur


Mémoire couronné en 1875



In Mémoires de la Société Dunkerquoise, volume 18, 1873


Transmettons à nos successeurs


le souvenir de nos ancêtres


Petite-Synthe actuel


Le territoire de Petite-Synthe forme un vaste quadrilatère assez régulier de 1.847 hectares et ½, ayant pour limites : au Nord, la mer ; au Sud, le canal de Coudekerque-Branche, de Cappelle et d’Armboutscappel ; à l’Est, la ville de Dunkerque, son chef-lieu de canton et celui de son arrondissement, et à l’Ouest le chemin de Coxfortstraete qui le sépare de Grande-Synthe et de Fort-Mardick.


Le canal de Mardick, quoiqu’il soit tout entier sur la commune de Petite-Synthe, et qui se dirige de l’Est à l’Ouest sur une étendue de deux kilomètres, puis perpendiculairement à la mer divise la commune en deux parties à peu près égales en étendue ; le village proprement dit et le hameau de St-Pol qui se trouve enfermé entre le canal de Mardick, les fortifications et la mer.


Le nom de St-Pol lui vient d’une enseigne de cabaret établi dans les dunes à la fin du siècle dernier, à environ deux kilomètres de Dunkerque. Le chef de ce modeste établissement, homme de bon goût et d’intelligence, a voulu consacrer, par son enseigne, la mémoire du célèbre marin de St-Pol, contemporain de Jean Bart, presque son égal en bravoure, qui fut tué d’un coup de mousquet dans un combat naval livré aux Anglais le 30 avril 1705, dans la mer du Nord.


Cet endroit s’appelait primitivement Cattegat, puis Tornegat, d’Hoornegat ou Dornegat.


D’après le recensement de 1872, la population de Petite-Synthe est 3.737 habitants : 1.864 hommes et 1.873 femmes ; elle est répartie entre 893 ménages qui occupent 846 maisons.



Origine de Petite-Synthe


Bien peu de localités ont subi autant de transformations que la commune qui nous occupe. En effet, à mesure que le génie de l’homme faisait en cet endroit une nouvelle conquête sur la mer, soit en aplanissant les dunes pour les livrer à la culture, soit en comblant les criques ou en construisant des digues, oevers ou dicks, pour s’opposer aux envahissements des eaux, des parties de son territoire lui furent enlevées : les unes vinrent agrandir la ville de Dunkerque, les autres furent annexées aux communes de Mardick et de Grande-Synthe.


Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, à l’époque ou de zélés missionnaires vinrent évangéliser le pays qu’on nomme aujourd’hui la Flandre et qui s’appelait alors la Morinie, il ne se trouvait aucune localité dénommée le long du littoral de la mer entre Zuydcoote et Mardick.


Les rares habitants qui construisaient leurs cabanes sur les éminences, près de la côte, vivaient isolés.


C’étaient, en général, de pauvres pêcheurs, quelques-uns cependant pratiquaient l’industrie du saunier, ainsi que le prouve le nom de salines, conservé aux relais de mer avoisinant Dunkerque et faisant partie de la commune.


Il ne leur fallait, pour leur pêche, ni barques, ni canots. A marée basse, ils tendaient leurs filets et douze heures après, ils faisaient la récolte des poissons que la mer, en se retirant, avaient laissés captifs.


Jusqu’à cette même époque, au moment du flux, la mer inondait une partie du pays, car il n’existait aucune écluse, et les dunes étaient les digues naturelles qui mettaient seules obstacle à l’envahissement des eaux.


Les eaux pluviales, trop abondantes pour être absorbées par le sol, suivaient les inclinaisons du terrain et creusaient les cours d’eau. C’est ainsi que le formèrent le Nordgracht et le Rietvliet.


Au milieu du 7e siècle, plusieurs monastères s’établirent dans la Morinie, et les habitants convertis au christianisme, dont les mœurs s’étaient adoucies avec la civilisation, aidèrent les moines dans leurs travaux de culture, de défrichement et d’irrigation.


Des bourgs, des villages, des hameaux se formèrent, le commerce et l’industrie prirent un certain développement.


Vers l’an 800, Mardick surtout était une ville florissante.


A cinq kilomètres à l’Est de cette place, se trouvait une croix dite de la fontaine à l’eau fébrifuge ; il s’y faisait un pèlerinage très renommé. Cet endroit a toujours fait partie du territoire de Petite-Synthe.


Ce pèlerinage qui attirait sans cesse de ce côté une multitude d’étrangers, fut cause qu’un certain nombre d’entre eux se fixèrent en ces lieux. Ainsi se forma le hameau qui, plus tard, fut érigé en commune sous le nom de Petite-Synthe, Sainte, Sanctum ou Sinthonis.


« en 1038, Mardick était en si bonne voie de progrès, dit M. de Bertrand, dans son Histoire, qu’il attirait plus que jamais une masse incalculable d’étrangers affluant de toutes parts, son seulement dans ses murs par l’heureuse prospérité de la ville et de son port, mais encore dans son voisinage à cause du saint pèlerinage qui y était établi à un endroit nommé Sanctum ou Sinthonis.


« C’est ainsi que les environs de la ville, dans un rayon très étendu finirent par se peupler et par former des hameaux, parmi lesquels on vit s’élever ceux d’Armboutscappel, d’Armboutscappel-Cappelle et de Sinthonis même dont nous venons de parler. A la longue, on y avait érigé des oratoires pour satisfaire la piété des nouveaux habitants, oratoires qu’on finit bientôt par convertir en églises.


« Par suite de cet état de choses, un démembrement du territoire de Mardick-campagne s’effectua.


« Entre autres paroisses, on créa le village de Sinthonis ou Synthe qui comprenait à peu près tout ce que les communes de Grande-Synthe et de Petite-Synthe possèdent aujourd’hui de terres, moins celles dans la partie septentrionale que la mer a abandonnées depuis cette époque. »


Il faut cependant remarquer que l’église actuelle de Grande-Synthe se trouve à deux kilomètres à l’Ouest de l’endroit où s’élevait la croix de la fontaine dite Cruys-Bellaert.


Le nom de Cruys-Bellaert a été conservé à la section A de la commune de Petite-Synthe.


« La croix nommée Cruys-Bellaert ou croix des clochettes, en vénération dans la paroisse, dit M. Hidde dans son manuscrit, a été enterrée dans un endroit où il y a présentement une chapelle avec un puits qu’on appelle la chapelle de la fontaine située dans une pâture appartenant à cette église, que depuis cette invention, il y eut toujours une source de bonne eau ; qu’on y a planté une croix de bois pour monument. Cette eau est réputée fébrifuge, soit par miracle, soit par sa nature. Mais ce qu’il y a de certain, les plus anciens comptes de l’église remarquent que le dimanche après l’exaltation de la sainte croix, jour de la dédicace de Petite-Synthe, on y fit la procession, qu’un prêtre y prêcha.


La nouvelle paroisse de Petite-Synthe eut pour limite, du côté de Mardick, le chemin nouvellement construit dit Vlaminckstraete. Le terrain du moderne hameau des pêcheurs qui en a dépendu jusqu’en 1867, époque à laquelle il a été érigé en commune sous le nom de Fort-Mardick, était couvert par les eaux.



Petite-Synthe érigée en commune


Une charte datée du jour de la Pentecôte de l’année 1067, donnée par Baudoin V, porte concession à l’abbaye de Saint-Winoc à Bergues, des salines de Synthe, si elles venaient à être défrichées et à s’accroître par le retrait de la mer, et des terrains avoisinants qui pourraient se rencontrer par l’écoulement des eaux de la mer.


En cette même année, Baudoin V mourut laissant à son fils Baudoin VI, le marquisat de Flandre.


C’est vers la même époque que l’on commença les premières digues pour mettre obstacle à l’envahissement des eaux et que l’on perfectionna l’agriculture, pour ainsi dire à sa naissance dans ce pays.


On connaissait à Sinthonis deux catégories d’habitants ; les cultivateurs désignés sous le nom de Laeten, et les journaliers et gens de service connus sous le nom de Landmannen.


En l’année 1197, le comte Baudoin IX confirma les titres d’une donation faite à l’abbaye fondée en 1138 près de la mer, à une lieue de Furnes, au milieu des dunes, de la ferme de Synthe (cette ferme contenait 850 mesures de terre) de la rivière venant de Synthe et de Mardick, passant à l’écluse de Synthe et fluant à la mer, de toute la pêche en dépendant et des hommes qui travaillaient à creuser le lit de cette rivière, depuis le vœux Mardick jusqu’à Venechem, et depuis le Riet-Vliet jusqu’à la mer.


On voit qu’à cette époque les dénominations de Grande et de Petite-Synthe n’existaient pas encore, les deux paroisses étaient confondues.


De nos jours, on cède une ferme avec les bestiaux et les instruments aratoires, à cette époque, on vendait, transportait ou donnait une propriété avec les vilains, manants, roturiers ou serfs attachés à l’exploitation.


La charte ci-dessus nous en fournit un exemple.


Vers la fin du treizième siècle, la lèpre régnait d’une manière effrayante en Flandre. Les principales villes et bourgs eurent leurs hôpitaux des lépreux, ordinairement situés dans les endroits isolés.


Les malheureuses victimes de cette hideuse maladie étaient traitées comme des parias ; il leur était défendu de se trouver dans les assemblées, dans les réunions, dans les marchés, dans les églises et même d’entrer dans les maisons particulières. Il leur était également défendu de rien vendre aux marchés.


Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre, légua par testament, en date de novembre 1273, des sommes assez considérables aux léproseries.


L’endroit où était situé à Bergues l’hôpital des lépreux, s’appelle encore de nos jours Ziekelien, c’est-à-dire maladrerie.


Quelques années plus tard, on construisait le long de la mer une digue qu’on désigna sous le nom de Grave-Jansdyck, digue du comte Jean, elle fut prolongée ensuite jusqu’à Calais.


En 1383, l’armée anglaise ayant saccagé Mardick, pris et pillé Dunkerque, livra sur le territoire de Petite-Synthe, un terrible combat aux Flamands auxquels s’étaient joints les chevaliers de Bourbourg, Bergues, de Nieuport, de Poperinghe et de Furnes. Ceux-ci, malgré leur valeur, furent défaits et plus de 9.000 Flamands restèrent sur le champ de bataille.


La digue du comte Jean de Namur étant presque entièrement détruite, Jean-sans-Peur la fit relever en 1419. C’était un bienfait pour les cultivateurs qui eurent plusieurs fois à souffrir des dégâts ruineux par suite du débordement des eaux.


Il existe encore des vestiges de cette digue sur le territoire de Grande-Synthe.


En 1469, Petite-Synthe, quoique toujours hameau dépendant de Grande-Synthe, avait acquis une certaine importance et laissait prévoir sa prochaine indépendance.


Un recensement de cette époque le désigne sous le nom de Sintene-Cappelle comptant XXIII feux, c’est-à-dire suivant le calcul d’alors, qui admettait neuf personnes pour deux feux, 103 habitants.


Grande-Synthe y figure sous le nom de Sintene-Groot-Minister ; il compte XLVII feux ou 211 habitants.


Au milieu du seizième siècle, les habitants de Synthe eurent beaucoup à souffrir du passage des troupes françaises sous les ordres du maréchal de Termes qui prit Dunkerque, livra cette ville au pillage et incendia ses principaux monuments. Mardick fut également dévasté et une partie de ses habitants quittèrent ces lieux de désolation pour s’établir plus loin, ce qui accrut beaucoup la population de Sintonis.


Par suite de cet accroissement, le hameau de Sintene-Cappelle fut érigé en paroisse dans le courant de l’année 1559. Il prit le nom de Petite-Synthe (Cleen-Synten), par opposition à l’ancienne paroisse que l’on désigna sous celui de Grande-Synthe (Groot-Synten).


La limite séparative entre les deux paroisses était le Coxfortstraete qui se dirigeait directement vers la mer, laissant à petite-Synthe tout le territoire qui forme actuellement la commune de Fort-Mardick, autrement dit le hameau des pêcheurs.


La paroisse de Petite-Synthe dépendait du décanat de Bourbourg, pour le spirituel, et de la châtellenie de Bergues pour le temporel.


En 1574, le pape Grégoire XIII publia un édit par lequel il ordonnait que l’année commencerait à l’avenir le 1er janvier. Avant cette époque, il n’y avait pas de date fixe dans la Flandre pour commencer l’année.


La langue flamande était seule parlée dans la commune et comme les livres étaient très rares, on voyait les habitants de Petite-Synthe, qui étaient très pieux, assister assidûment aux offices divins un chapelet à la main.



Le Fort de Mardick


En 1622, le Roi d’Espagne chargea l’ingénieur Jean Gamel d’établir le fort dont celui-ci avait conçu l’idée et établi les plans.


Dans l’exécution de ce projet, le Roi avait en vue la défense du port et de la place de Dunkerque.


On choisit pour emplacement les dunes sises à cinq kilomètres Ouest de Dunkerque, sur le territoire de Petite-Synthe.


Le nom de Fort Mardick lui fut probablement conservé parce qu’il était destiné à remplacer l’ancien fort construit par les Romains, près de cette ville.


Faulconnier, et après lui M. De Bertrand, ont donné la description et le plan du fort ; nous laissons la parole à ce dernier auteur :


« Le fort était composé de deux parties dont la plus élevée contenait quatre bastions d’une grande élévation avec une fausse braie au pied de laquelle on voyait une palissade et un large fossé avec une contrescarpe palissadée. Ce haut fort renfermait une petite église surmontée d’un clocher ainsi que deux pavillons d’état-major et deux autres petites constructions. Il était formé d’une enceinte de trois bastions royaux à l’Est et à l’Ouest, de deux autres vers la plage. Cette enceinte se nommait bas-fort, était entouré d’un fossé avec des demi-lunes, des courtines et une contrescarpe palissadée. Le bas-fort contenait quatre corps de casernes de soixante-dix mètres de longueur chacun et servant d’écuries au besoin, deux logements de marchands de cent soixante mètres l’un.


« L’ensemble du fort de Mardick avait, dans sa plus grande longueur, c’est-à-dire de l’Est à l’Ouest, neuf cents mètres environ et du Sud au Nord sept cents mètres seulement. Les ouvrages extérieurs se terminaient juste à la laisse de la haute mer, l’entrée du fort se trouvait au Sud-est.


« Il pouvait contenir de trois à quatre mille hommes, quand les casernes manquaient d’espace, on logeait une partie des troupes dans les bâtiments des marchands et sous des tentes ;


« Les fossés du fort étaient alimentés par la mer et le canal de Mello qui y aboutissait au Sud. Le Mello communiquait au watergand le Vliet qu’a remplacé le canal de Bourbourg et longeait de l’Ouest le chemin de Coxfortstraete qui sépare aujourd’hui les communes de Grande et de Petite-Synthe.


« Le chemin de terre de Gravelines à Dunkerque, formant la seule voie de communication entre ces deux villes, passait presque au pied de la contrescarpe extérieure du fort, longeait au Sud le banc du comte Jean et se trouvait conséquemment coupée par le Mello que l’on traversait sur un pont.


« Au midi de ce fort, il existait un bourg considérable qui était environné de plusieurs ouvrages de fortification. Il n’est pas possible d’en fixer le nombre des habitants ni des maisons mais aux dires de Faulconnier, deux mille soldats auraient pu s’y loger. Tous ces gens-là étaient Flamands.


« Au nord et à une demi-portée de canon, il y avait un fort de bois bâti sur pilotis pour garder le canal qui formait le long de la côte une suite immédiate de la fosse de Mardick, et par lequel Dunkerque et Mardick avait une communication maritime sûre, commode et facile. Ce fort de bois se trouvait continuellement entouré d’eau, étant placé dans les limites de la laisse de la basse-mer.


« Le fort de terre était lié à l’autre par une communication couverte en gros pilots qu’interrompait un pont-levis qui en empêchait l’entrée du côté de l’Estran. Cette communication formait une véritable estacade que la mer entourait dans le flux.


« Tel qu’on le voyait, le fort de Mardick était un très bel ouvrage d’architecture militaire et de la dernière importance pour la défense des places de Dunkerque et de Gravelines, ainsi que du littoral compris entre ces villes. »


Vers 1629, les Hollandais opérèrent une descente aux environs de Mardick et s’y livrèrent au pillage, mais repoussés par la garnison de Dunkerque, ils durent se sauver à la nage vers leurs chaloupes, et les canons du fort leur causèrent beaucoup de dommage.


L’armée française ayant assiégé Gravelines, le général en chef espagnol craignant le même sort pour le fort de Mardick, ordonna l’élargissement du canal de Mello, de plus il fit construire de distance en distance des redoutes dans la vue d’arrêter les Français.


Malgré ces précautions, le fort fut vivement attaqué et après une héroïque résistance de cinq jours, l’armée espagnole qui le gardait, dut capituler le 10 juillet 1645.


Les 500 hommes valides qui s’y trouvaient sortirent avec armes et bagages, abandonnant les blessés, une grande quantité de munitions et quatre pièces de canon.


A cette époque on frappa une médaille à l’effigie de Louis XIV et portant pour inscription : LUDOVICUS XIIII REX CHRISTIANIS (Louis XIV, roi très chrétien). Le revers représentait la France assise à l’ombre d’un laurier sur un monceau d’armes conquises et tenant dans la main droite une victoire et pour inscription : GALLIA UBIQUE VICTRIX XXXV URBES AUT ARC CAPTAE MDCXLV, c’est-à-dire la France partout victorieuse, 35 villes et forteresses prises en 1645.


Quoique l’armée française respectât les propriétés privées, les habitants de Petite-Synthe ne furent pas sans inquiétude et sans éprouver de dommages.


Six cents hommes commandés par habile Maréchal de camp de Clanleu furent chargés de la garde du fort ; malheureusement cet officier supérieur tomba malade et se retira à Boulogne pour y rétablir sa santé. Aussitôt la mésintelligence se mit entre les commandants des deux parties du fort.


Cet état de choses étant parvenu aux oreilles du gouverneur espagnol qui commandait à Dunkerque, celui-ci résolut de rependre, par surprise, cette importante position militaire. Aussitôt il rassembla une petite armée de deux mille hommes, et le matin du 5 décembre 1645, il ordonna l’attaque. Le traitre De Cité lui avait fait connaître d’avance les endroits les plus faibles.


Les Français, pris à l’improviste, furent défaits et, en moins de trois heures, les Espagnols furent de nouveau maîtres de cette place.


Hélas ! la commune de Petite-Synthe devait, à son grand détriment, voir se renouveler bien des fois encore de pareilles attaques sur son territoire, mais le cadre restreint de notre ouvrage ne comportant pas le détail de toutes les péripéties de ces luttes entre deux nations qui s’acharnaient à s’emparer d’une citadelle qu’elles considéraient comme la clef de Dunkerque, nous ne raconterons que sommairement les principaux faits, renvoyant aux auteurs spéciaux, Faulconnier, de Bertrand, Hector Spiers, Bussy-Rabutin et autres, le lecteur désireux de rencontrer plus de développements.


Pendant le peu de répit que leur laissait la guerre, les habitants de Petite-Synthe travaillaient sans relâche à perfectionner leurs procédés de culture. La lourde charrue flamande dont on s’était servi jusqu’alors pour la grande culture, et qui exigeait l’emploi de quatre chevaux et de deux hommes, fut remplacée par la charrue normande n’exigeant qu’un attelage de deux ou trois chevaux conduit par un seul homme.


Cette charrue légèrement perfectionnée est encore employée de nos jours.


Pour la petite culture, on se servait exclusivement de la bêche, de la houe et du râteau.


Les Espagnols ne jouirent pas longtemps de leur conquête.


L’année suivante, l’armée française, sous le commandement du duc d’Orléans, qui avait sous ses ordres le duc d’Enghien, les Maréchaux de Rantzau et Gassion, cerna le fort. Les Espagnols ne se découragèrent pas ; ils firent plusieurs sorties heureuses, et tant qu’ils purent recevoir des vivres et des secours par mer, ils tinrent tête aux assiégeants ; mais la flotte franco-hollandaise parut devant le fort et leur coupa toute communication, ce qui les obligea à capituler.


Le 24 août, après dix-sept jours de siège, les 3.000 hommes composant la garnison sortirent désarmés, et le duc d’Enghien eut le commandement du fort.


Après avoir fait raser les ouvrages extérieurs, le futur prince de Condé céda son commandement à M. de Clanleu, qui avait déjà obtenu cet honneur.


Le gouvernement français fit de nouveau frapper une médaille ; elle représentait comme la première la tête du roi avec les mots : LUDOVICUS XIIII REX CHRISTIANISSIMUS. Le revers représentait la victoire marchant à grands pas à travers champs, les ailes déployées, légèrement vêtue, la tête ornée d’une couronne de lauriers, portant dans les mains une palme et trois couronnes murales. La légende portait : FELIX PROGRESSUS, ce qui signifie : l’heureux progrès des armes du roi. Sur l’exergue on lisait : CURTADO VINOCI BERGA ET MARDICO CA T. MDCXLVI, c’est-à-dire Courtrai, Bergues et Mardick pris en 1646.


Malgré ces guerres continuelles, la population de Petite-Synthe poursuivit sa marche ascendante ; dans deux siècles, elle s’était accrue de 300 habitants.


En 1651, les troubles de la Fronde engagèrent les Espagnols à faire une nouvelle tentative contre le fort de Mardick.


Après s’être successivement emparée de Furnes, de Bergues, l’armée espagnole, sous les ordres de l’archiduc Léopold, s’empara de cette place le 14 avril 1652, mais cette possession fut pour toujours enlevée à l’Espagne par Turenne en 1657.


Le gouvernement français fit frapper une troisième médaille, elle portait comme les deux autres l’effigie du Roi et la légende : LUDOVICUS XIIII REX CHRISTIANISS. Au revers la France figurée par un guerrier casqué et vêtu à la romaine, tenant à la main une épée nue, et de l’autre un bouclier orné de trois fleurs de lis ; pour légende : FINES DEFENSI ET AMPLIATI (les frontières défendues et reculées). L’exergue portait : MARDICO ET FANO S.-VENANTI CAPT ARDRE OBSDIONE LIBRATA MDCLVII, Mardick et St-Venant pris et Ardres secouru 1657.


Par suite d’un traité conclu entre la France et l’Angleterre, Dunkerque, le Fort-Mardick et tout le territoire de Petite-Synthe furent cédés aux Anglais en 1658.


Les habitants eurent beaucoup à souffrir de la garnison anglaise qui les mit à contribution.


A cette époque, la contenance des terres cultivées de Petite-Synthe était de 2.470 mesures.


En 1662, par suite du rachat de Dunkerque, Petite-Synthe fit son retour à la France.


Aussi depuis ce moment rien n’arrêta plus sa prospérité.


Louis XIV, ayant considérablement agrandi les fortifications de Dunkerque, jugea le fort de Mardick inutile, il le fit démolir dans le courant de l’année 1665, ne laissant que le fort en bois. Ainsi disparut, après une existence de quarante-trois ans, cette redoutable citadelle, témoin de tant de luttes.



Le hameau des matelots pêcheurs


En 1670, Louis XIV conçut le projet de former une colonie de matelots à l’endroit même où avait existé le fameux fort de Mardick. A l’appel du Ministre de la marine, quatre familles de Picardie se présentèrent. On paya leurs frais de route, on les installa dans des maisonnettes, et on leur permit de défricher, de cultiver toutes les terres contigües à leurs habitations.


Ces quatre familles se composaient de trente personnes et se nommaient Benard, Everaert, Zoonekindt et Godin.


Telle est l’origine du hameau des matelots pêcheurs érigé en commune pour la seconde fois, sous le nom de Fort-Mardick.



Le canal de Mardick


La tranquillité dont jouissait la commune de Petite-Synthe ne fit qu’accroître son bien-être et augmenter sa population.


Bien des endroits encore incultes furent défrichés, les criques ou mares furent comblées, des fossés creusés pour l’écoulement des eaux et l’irrigation des terres.


Cette prospérité se maintint jusqu’en 1712, époque à laquelle, par suite du traité d’Utrecht, le démantèlement des fortifications et le comblement du port de Dunkerque furent ordonnés.


L’anéantissement de leur port dut arrêter le commerce des Dunkerquois, et causer un grand préjudice à toute la contrée, surtout aux habitants de Petite-Synthe les plus voisins.


Les alarmes furent bien plus grandes encore lorsqu’on comprit que les eaux n’auraient plus aucun écoulement vers la mer et que tout le pays allait être exposé à de fréquentes inondations.


C’est alors que, pour obvier à ce malheur, on conçut l’idée de creuser, sur la commune de Petite-Synthe, un nouveau port qui communiquerait à Dunkerque par un large canal.


Ce projet ayant été soumis au Roi par l’ingénieur Le Blanc, Sa Majesté en autorisa l’exécution.


Cette nouvelle excita une joie générale, et aussitôt on se mit en mesure de commencer les travaux.


Au mois d’avril 1714, M. Le Blanc fit l’adjudication des ouvrages du canal et des écluses.


« On orienta, dit Faulconnier, le canal Nord-Nord-est, et Sud-Sud-Est, afin de couvrir son embouchure par le bout du Banc-Brac et on régla que la jetée de l’Ouest aurait 35 à 40 toises de longueur dans la mer plus que la jetée de l’est ; parce que l’allongement de cette ligne de jetées du côté de l’Ouest empêcherait les vaisseaux de tomber sur la même jetée, comme ils faisaient sur celle du port de Dunkerque.


« On convint aussi que les jetées du nouveau canal auraient à leur ouverture 47 à 50 toises de distance de l’une à l’autre, au lieu de 47 toises qu’avaient celles de l’ancien chenal de cette ville, dans sa plus grande largeur, et qu’à leur queue à terre, elles auraient de distance de l’une à l’autre 40 toises, au lieu d’environ 30 qu’avaient les anciennes jetées afin qu’en l’un et l’autre endroit un vaisseau de quelque longueur qu’il fût, pût éviter. »


En dernier lieu, il fut résolu que les portes des écluses que l’on construisait pour nettoyer ce nouveau canal, et pour y retenir les eaux, auraient, savoir : celles de la petite écluse 26 pieds de largeur, et celle de la grande au moins 44, afin que dans ce cas, et dans des besoins que la succession des temps pourrait amener, les plus grands vaisseaux du Roi y pussent entrer.


Au commencement de Mai 1714, les troupes destinées à travailler au canal arrivèrent au nombre de 12 bataillons, savoir : 2 du régiment de Bourbonnais, 3 du régiment Royal, 2 du régiment de Meuse, 2 du régiment d’Aunis, 2 du régiment de Conty, 1 du régiment d’Agénois. Elles ne furent pas plutôt arrivées que l’on commença à travailler à ce grand ouvrage, ce qui donna aux habitants une satisfaction qu’on ne peut exprimer.


Les ouvrages du nouveau canal avancèrent si bien que la 24 août 1714 on posa la première pierre à la grande écluse.


On mit le 7 octobre, sous la maçonnerie de la grande écluse, une boite de plomb contenant une médaille d’or et quatre d’argent avec une inscription sur une plaque de cuivre que la cour avait envoyées à M. Le Blanc :


Ludovicus magnus conciliandae pacis studio et ex pactis ad Rhénum contionibus directis Dunkercae munimentis, arce, portu et stupendi operis molibus, fossam hanc cum substructionibus et valvis, ad arcendas cluviones, et patiores usus bis millium spatio intra sex menses absoli jussit, anno R.G.H. M. DCC. XIV.


Le 14 décembre après-midi, on suspendit la première porte de la grande écluse, et on renvoya les troupes, à la réserve de six bataillons qui restèrent en garnison en cette ville sous les ordres de M. le comte d’Hérouville, Brigadier des armées du Roi et colonel du régiment de Hainaut, depuis en 1718, Maréchal de camp.


M. Le Blanc, touché du danger que le pays aurait d’être inondé par les eaux de l’hiver, et du triste état où se trouvait Dunkerque par la destruction de son port, laquelle y avait entièrement fait cesser le commerce, anima tellement par sa présence continuelle et ses libéralités, les ouvriers qui travaillaient au nouveau canal, que le 11 janvier 1715, ils y mirent la dernière porte des écluses et qu’elles furent par là en état de recevoir les eaux du pays.


Il est certain que cette écluse était la plus belle de l’Europe. Elle avait 46 toises 2 pieds de long, sans y comprendre les contreforts. Les deux bajoirs avaient chacun 24 pieds d’épaisseur, et la pile du milieu 30. Cette écluse avait deux passages, l’un de 44pieds pour les gros vaisseaux et l’autre de 26 pour les petits navires. On avait pratiqué le petit passage en premier lieu, parce que, s’il n’y avait eu que le grand, le poids énorme des portes qu’il aurait fallu ouvrir et fermer pour faire entrer ou sortir le moindre bâtiment, les aurait mises infailliblement hors d’état de durer longtemps, en second lieu, pour éviter l’inondation du pays, car si par quelque accident on n’aurait pu ouvrir un passage pour l’écoulement des eaux, on eût pu se servir de l’autre.


Chacun de ces deux passages avait doubles portes : deux du côté de la mer et deux du côté de la terre. Celles du grand passage pesaient chacune plus de 50 milliers ; et malgré leur pesanteur, elles avaient été toutes assemblées et mises en place avec une adresse et une promptitude merveilleuses. Sur les deux passages de l’écluse il y avait deux ponts-tournants pour la circulation des voitures ; celui du grand passage était de deux pièces se joignant dans le milieu, et celui du petit d’une seule pièce.


Les talus du canal étaient revêtus d’un fascinage plat, couvert de terre grasse, pour les garantir du flot de l’eau, et on avait formé des digues des deux côtés de dix ou treize toises de large, qui faisaient un très bel effet à la vue. Comme elles n’étaient que de sable, on avait revêtu de gazon plat les talus intérieurs pour empêcher que le vent ne l’emportât dans le canal.


Les écluses étant achevées, les bâtardeaux enlevés, et toutes choses en état de faire couler, pour la première fois, les eaux du pays dans la mer. M. Le Blanc s’y rendit le 6 février avec les officiers de la garnison, les magistrats et un grand concours de monde, tant de Dunkerque que des autres places voisines. Après que l’abbé de Bergues eût célébré une messe solennelle au son de toutes sortes d’instruments de musique et qu’il eût béni les ouvrages, on ouvrit enfin les portes des deux écluses pour y laisser passer les eaux qui, par leur écoulement, donnèrent aux habitants du pays une joie proportionnée à l’appréhension qu’ils avaient eue de leurs débordements, et leur ôtèrent cette crainte pour l’avenir. Cette importante cérémonie finit par un magnifique déjeuner que M. Le Blanc donna sous une tente fort spacieuse qu’in avait accommodée pour rendre la fête plus agréable.


Détail des matériaux entrés dans la construction de l’écluse de Mardick :


200.098 toises cubes de terre pour les déblais tant de l’écluse que des radiers, 4.121 toises et 3 pieds cubes de maçonnerie, 1.648.000 de briques, 74.187 rasières de chaux, 36.600 pieds carrés de pierre de taille, 5.642 pilotis sous la fondation, faisant 46.424 pieds de long, 222 longrines et traversines sur lesdits pilotis, faisant 42.700 pieds de long, 2.488 palplanches, faisant 33.700 pieds de long. Les huit premiers seuils avaient en longueur 398 pieds et de grosseur 24 sur 25 pouces. Les huit autres seuils, hurtoirs et busques mesuraient en longueur 584 pieds et de 20 à 24 pieds de grosseur. Les entretoises et bracons des buscs 230pieds, grosseur 20 sur 22 pouces. Le premier et deuxième plancher avaient chacun 3.666 pieds carrés, le premier était de trois pouces d’épaisseur et le deuxième de 3 pieds et demi. Les quatre portes circulaires du grand passage avaient chacune 1.190 pieds carrés. Les quatre portes du petit passage mesuraient aussi chacune 720 pieds carrés. Les pilotis du grillage au nombre de 9.945 faisaient un total de 69.615 pieds de long. Il était entré 778 pilotis dans les quais de derrière, les pilotis de face, faisant ensemble 10.884 pieds de long. Plus 193 faux pilotis ayant 6.110 pieds de long. Pour les ventrières, chaperons, dormans et clefs des quais 11.150 pieds de long. Pour les bordages des quais 2.430 pieds carrés de 4 pouces d’épaisseur. 12.184 livres de fer neuf, 188.780 livres de vieux fer, 11.118 livres de fonte, 16.500 livres de plomb. Il y avait 2.000 toises cubes de terre grasse derrière les maçonneries, quais de charpente, et sous les grillages des radiers, et 4.482 toises carrées de calfatage et braiage, tant à l’écluse qu’aux avant-quais.



Démolition des écluses – Ensablement du port – Nouvelles limites de la commune – Chaussée empierrée


Hélas ! Ces belles écluses, chefs-d’œuvre de l’art comme les appelle Hector Piers, devant lesquelles le Czar Pierre le Grand resta longtemps en admiration, durent être démolies deux ans après leur achèvement.


Par suite du traité de La Haye, on démolit entièrement la grande écluse, et on réduisait à 16 pieds la largeur de la petite.


Le port de Petite-Synthe n’existait plus !


La chasse des eaux par la petite écluse étant trop faible pour maintenir la profondeur du chenal, celui-ci s’ensabla bientôt, et aujourd’hui on ne voit plus trace de la partie comprise entre l’écluse et la mer.


Cette circonstance fut cause que la population diminua pendant dix ans : en 1718, elle était de 664 habitants tandis qu’en 1728, on n’en comptait plus que 588.


A cette époque, on désigna pour limite occidentale de Petite-Synthe la Coxfortstraete et la rue de l’amirauté ou du Corps-de-Garde. Cette dernière divisait le hameau des matelots pêcheurs en deux parties dont l’une était attribuée à Grande-Synthe et l’autre à Petite-Synthe.


L’administration communale se composait alors de l’hoofman assisté de plusieurs assesseurs.


A partir de 1729, la commune reprit sa marche ascendante et ce mouvement ne se ralentit plus.


La rue à travers le sable qui sortait de la porte du Dornegat pour se rendre de Dunkerque à Gravelines, était en si mauvais état qu’in conçut, en 1732, le projet de construire une route empierrée longeant le canal de Mardick jusqu’à son coude, et passant ensuite à 250 mètres au Nord du clocher de Petite-Synthe. En 1785, les plans et devis furent adoptés. En 1787, on commença le pavement, et en deux ans, la route était achevée jusqu’à la hauteur de Grande-Synthe. Ce fut un évènement heureux pour Petite-Synthe.


A partir de ce moment, les maisonnettes en torchis couvertes de chaume, qui entouraient le cimetière, disparurent peu à peu. Le centre du village se transporta le long de la belle chaussée où l’on vit s’élever des habitations plus modernes, construites en briques et couvertes en tuiles.


Le presbytère seul resta isolé, comme une sentinelle avancée, dans l’îlot qui avoisine le cimetière.


En 1790, la France fut divisée en départements, arrondissements, cantons et communes. Petite-Synthe fut classé dans le canton Ouest de Dunkerque. L’année suivante, on détacha une partie de son territoire pour l’annexer au hameau des matelots pêcheurs qu’on érigea en commune sous le nom de Fort-Mardick. La nouvelle commune n’exista que neuf ans, on supprima son administration et son territoire fut ajouté à celui de Mardick.


On organisa une justice de paix rurale et le citoyen Foutrein, cultivateur à Grande-Synthe, fut nommé juge.


Pendant le règne de la terreur, la paroisse avait pour curé le nommé Vitse. Celui-ci prêta le serment civique, bénit l’arbre de la Liberté et put continuer assez longtemps son ministère. L’église de Petite-Synthe ne fut fermée que pendant quatorze mois.


En 1801, le tribunal rural fut supprimé et depuis cette époque, la commune relève de la justice de paix du canton Ouest de Dunkerque.


En 1828, M. Vachier, géomètre en chef, et M. Lambois, géomètre de 1ere classe, arpentèrent la commune, établirent le cadastre et divisèrent son territoire en quatre sections :


La section A, appelée Cruys-Bellaert, comprise entre la route nationale n°40 et le chemin vicinal Quaede-Straete, le chemin vicinal de Mardick et le chemin Coxfortstraete ;


La section B, dite Tornegat, limitée par la route nationale, Dunkerque, la mer, le chemin Quaede-Straete et le watergand des Salines ;


La section C ou du Blanckaert, bornée par la route nationale, le canal de Bourbourg et le chemin Quaede-Straete ;


La section D, appelée Basroch, comprise entre la route nationale, la Quaede-Straete, le canal de Bourbourg et le Coxfortstraete.


Nous voici arrivés à la dernière étape de notre histoire ; mais la période de 45 ans qui nous sépare est assurément celle qui est marquée par le plus de progrès.


C’est à partir de 1830 que l’on songea sérieusement à mettre en culture les dunes, à enlever, par le moyen d’un endiguement, une partie du domaine de la mer.


Le génie de l’homme transforma une plaine stérile, des monticules de sable, en des champs on ne peut plus fertiles et dont la riche végétation excite et excitera toujours l’admiration.


Le Dornegat (trou aux ronces) comme on l’appelait au 18e siècle, se métamorphosa totalement, et l’on vit surgir à sa place le joli hameau de St-Pol, aujourd’hui érigé en paroisse.


Parmi les hommes ayant le plus contribué à la prospérité de St-Pol, il faut citer MM. Bourdon, Standaert, qui ont construit les digues ; MM. Hubert et Monier, qui ont aplani les dunes pour les livrer à la culture.


En 1842, Petite-Synthe fut doté d’une nouvelle école mixte et d’une salle pour les archives de la mairie et les réunions du Conseil municipal.


Dix-huit années plus tard, on construisit une école spéciale pour les filles.


En 1821, le gouvernement alloua une somme de trois millions (3.000.000) pour la construction d’un bassin de chasses, à l’est du port de Dunkerque, sur le territoire de Petite-Synthe.


L’étendue de ce bassin est de trente-deux hectares.


En 1843, on établit sur le territoire de la commune dans le voisinage du bassin, un phare de premier ordre.


Les quelques maisons qui s’élevèrent en cet endroit prirent le nom de hameau du phare.


A cette époque, Petite-Synthe prévoyait déjà que ce hameau allait lui échapper, et en effet, par une loi en date du 2 février 1850, il fut annexé à Dunkerque.


Par suite de l’agrandissement de cette dernière ville, et en vertu d’une nouvelle loi, une lisière de quarante-neuf hectares en fut distraite en 1868.


En 1867, Mme veuve Hubert-Boulanger fit construire une magnifique église au centre du hameau de St-Pol, qui fut érigée en paroisse le 19 février 1870.


Deux écoles communales y furent créées : celles des filles, d’abord mixte, en septembre 1868, et celle des garçons en septembre 1870.


L’étendue de ce hameau est de sept cent cinquante-un (751) hectares.


Tout fait présumer que dans un temps relativement peu éloigné, la commune de Petite-Synthe se verra de nouveau mutiler. L’ancien Tornegat, à son titre de paroisse succursale, joindra celui de commune de St-Pol.


Un décret en date du 16 mai 1866 a autorisé l’établissement d’un octroi dont les actes seront exécutoires jusqu’au 31 décembre 1875.


Par les actes notariés en date du 16 juin 1870 et 18 juillet de la même année, Mme veuve Hubert a fait donation à la paroisse de St-Pol de l’église et du presbytère.



Eglise de Petite-Synthe – Pierres tombales – cimetière, &c


M. Hidde, dans son manuscrit qui date du milieu du dix-septième siècle, cite des pierres tombales de 1518, 1535 et 1543, se trouvant encore de son temps dans l’église de Petite-Synthe. Ces époques sont antérieures à l’érection de cet endroit en paroisse, on peut en conclure que l’église actuelle est bien la même qui existait avant 1559 sous le nom de Sancti Capella.


Elle n’offre rien de remarquable, son architecture est d’une grande simplicité ; elle possède trois nefs et autant d’autels. Elle ne porte d’autre date que le millésime 1725, maçonné dans sa façade : c’est l’année de son agrandissement.


Autrefois, cette église avait ses armoiries, elles portaient d’argent à une croix de gueules et quatre grelots de sable posés deux à deux.


On remarque dans l’église un certain nombre de pierres sépulcrales, mais toutes les épitaphes ne sont plus lisibles. Voici celles que nous avons pu déchiffrer :


Dans la nef du milieu :


Sépulture van Baldinus Vandenbroucke


Fe Jean


In Synen derden haulwelyke gewonnen


By


Elisabeth Constant


gebortigh van dese prochie overleden


op den 21 mey 1767 oudt 56 jaeren


ende van


Marie Anne Decant


Syne eerste huysvrauwe te vooren weduwe


Van Guillaume perdu, gebortigh van Pitgam


Overleden op den 6 maerte 1753 oudt 35 jaeren


en hebben te seamen in hauwelyke


geweest dry jaeren


de welcke


geproocreert hebben eenen soone ende twe dochters


Ende nooh van


Marie Anne Willy Fe Jean-Baptiste


ende Jacoba Vanderriele,


Syne twede huysvrauwe, gebortigh van Quaediper,


overleden op den 10 juny 1756, oudt 12 jaeren


en hebben t’saemeen in hauwelycke geweest 25 jaeren.


De welcke


geproocreert hebben ses sonnen en dry dochters


Bidt Godt voor hunne zielen.



Dans la nef à gauche :


Hier light begraeven den eerwerdighen Heer en de Meester Jean François Doncker, gebooren in d’Hooghe-Brugghe, fauxbourg der stede vans Sint-Omaers, die capellaen deser prochie gheweest heest den tydt van 13 jaeren, hy heest ghefundeert een misse let de recommandatie te signhen op den dagh syner dood die geweest heeft den 6 van 9bre in t’jaer 1711, t’veertighste van syn elde.



Dans la nef sud :


Sépulture


Van d’Heer Charel Schotteys F. van Duynkercke


t’syne tyd pastor cans deze parochie, die overleet


den 26 juny 1676.

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