La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 30 juillet 2011

le château de Merckem

Comme pour la motte d'Ardres (voir précédemment), les descriptions de mottes castrales primitives sont rares. Cette description est tirée de la Vie de Jean, Evêque de Thérouanne, de Gauthier de Thérouanne, in MGH, SS, t XV-2, pp 1146-1147. La vita de Jean, évêque de Thérouanne (1099-1130), a été écrite vers 1140.


"Jean avait sa maison d'habitation dans le village appelé Merckem. or, il y avait à côté du cimetière de l'église une fortification (que nous poiuvons qualifier de château ou de forteresse) [munitio, castrum, municipium], très élevée, édifiée beaucoup d'années auparavant par le seigneur du village, selon l'usage du pays. En effet, dans le pays, les hommes les plus riches et les plus nobles ont coutume de consacrer la plus grande partie de leur temps à provoquer des conflits et à commettre des meurtres. Aussi ont -ils l'habitude, afin d'être mieux protégés de leur ennemis et afin de l'emporter par une plus grande puissance sur leurs égaux ou d'écraser ceux qui sont plus faibles qu'eux, d'élever à l'aide de remblais une motte [agger] de la plus grande hauteur possible, de creuser autour un fossé largement ouvert et d'une grande profondeur, de fortifier sur tout sa périphérie le bord supérieur de cette motte à l'aide d'une palissafe faite de pièces de bois équarries très solidement à la manière d'un mur, de disposer des tours sur le pourtour selon les possibilités, de bâtir, à l'intérieur et au milieu de cette enceinte [vallum], une maison ou une citadelle [arx] qui domine l'ensemble. La porte d'entrée de cette résidence [villa] ne peut être atteinte que par un pont qui, partant de la lèvre extérieure du fossé, s'élève peu à peu et progressivement : ce pont, soutenu par des poteaux réunis par deux ou même par trois et disposés de côté et d'autres à des intervalles convenables, traverse le fossé, en montant de manière modérée pour se mettre au niveau de la surface supérieure de la motte, dont il touche le bord extérieur, et pour atteindre de ce côté l'entrée située sur la face principale.

L'évêque logeait dans un refuge [asylum] de ce type avec son entourage habituel. Comme il avait confirmé une foule considérable de fidèles, tant dans l'église que dans le cimetière, par l'imposition des mains et par l'onction du saint Chrême, voualnt changer de vêtement parce qu'il avait décidé de bénir le cimetière (...), il retourna dans sa maison. Quand il eut achevé ce qu'il voulait faire, alors que, descendant de nouveau, il était arrivé vers le milieu du pont qui avait une hauteur de 35 pieds ou plus (...), et alors qu'une foule importante de fidèles se trouvait devant et derrière et l'entourait à droite et à gauche (...), le pont céda sous le poids et s'écroula disolqué, projetant en bas la grande foule de ces fidèles et leur évêque. Cet effondrement provoqua un grand fracas; les traverses, les poutres et les décombres s'écoulèrent avec une grande force et également avec un grand vacarme."

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