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samedi 30 juillet 2011

la jeunesse d'un chevalier de Flandre : l'exemple d'arnoul d'Ardres (1181)

in Lambert d'Ardres, Histoire des comtes de Guines, MGH, Scriptores, XXIV, Hanovre 1879


"Arnoul passa son enfance près de son père. Lorsqu'il eut acquis la mâle vigueur de l'adolescence et fréquenté de ci delà bordes et tournois, il fut confié au vénéré et mémorable prince de Flandres le comte Philippe pour s'instuire diligemment et s'imprégner des coûtumes et des devoirs chevaleresques. A cela, il fut considéré pour son mérite comme le premier parmi les premiers des jeunes gens de la noblesse flamande. En effet, bien qu'il n'eut pas encore reçu la colée de la chevalerie, il était cependant actif aux armes, enclin à la vertu et à la probité, célèbre par son engouement à la cour, prompt à rendre service, large presque jusqu'à la prodigalité. Il avait le visage gai et d'une beauté telle qu'il surpassait tous ceux de son âge à la cour ; avec cela douc envers tous, affable, gracieux en toutes choses et pour tous, et tous en convenaient. Après quelques années, son âge et l'excellence de sa loyauté future, déjà évidente exigèrent qu'il soit adoubé et fait chevalier. Il voulut avant toute chose plaire à son père et lui réserver la gloire première de sa chevalerie : bien que le très révérend Prince Philippe, gloire de la Flandre ait désiré le faire chevalier et pourvoir aux dépenses et aux armes nécessaires à cet état, Arnoul prit congé de lui sagement, usant de toutes ses qualités nécessaires natives et retourna près de son père à Guines avec son ami Eustache de Salperwick.


Le comte sin père montra par des signes très manifestes combien l'arrivée de son fils le remplissait de joie Il convoqua ses fils, ses connaissances et ses amis à la cour de Guines, le jour de la Pentecôte. Il donna à son fils qui ne répliqua point, la colée chevaleresque et le consacra homme accompli par le serment de chevalier l'an de l'Incarnation de Notre seigneur 1181. Avec Arnoul, il gratifia Eustache de Salperwikck, Simon de Nielles, Eustache d'esque et Wallon de Prove des attributs des voeux de la chevalerie dont il prit pour lui les dépenses. Tous ensemble, éclatant de joie, ils passèrent ce jour solennel en un festin de très riches et très délicates nourritures et boissons. Arnoul, à peine revêtu des vêtements du chevalier, prit la chose à coeur et contenta les ménestrels, les mimes, les gens d'aventure, les conteurs, les bouffons, les jongleurs et tous ceux qui invoquaient son nom de telle sorte qu'il obtint en retour leur louange et leur reconnaissance. Alors que tout ce qu'il pouvait avoir et de demander il l'accordait d'une main libérale pour ne pas dire prodigue (...) donnant tout par petis morceaux; de son bien, de celui accordé par les siens, et échangé par les autres, à peine lui resta-t-il que lui même. Le jour suivant, il fut reçou dans l'église de sa ville d'Ardres, toutes cloches sonnantes, en grande procession, par les moines et clercs chantant à Dieu pour sa gloire "honneur et vertu de la Trinité" et par le peuple clamant et exultant de joie. A partir de ce jour, le comte fréquenta les tournois et parcourut de nombreuses provinces et de nombreux pays pendant presque deux ans, sans aucune aide ni protection de son père. Il eut pour compagnon inséaprable Eustache de Salperwick.


Après qu'Arnoul de Guines eut été confié par son père à la garde et au soin d'Arnoul de Cayeux, qu'il se fut attaché à la compagnie d'Eustache Barbier, d'Eustache de Salperwick, Hugues de Malny, ses domestiques et familiers, et qu'Henry de Campagne avec de nombreux autres nobles et illustres chevaliers se furent joints à lui, il préféra s'exiler dans d'autres pays y rechercher la gloire dans les tournois que s'appliquer dans sa patrie à des loisirs sans délires guerriers, afin de vivre glorieusement et de parvenir aux plus hauts honneurs du siècle. Arnoul devint le héros et la gloire de Guines; son nom acquit une telle renommée de loyauté dans de nombreuses régions qu'il parvint, non sans raison, à la connaissance de la comtesse Ida de Boulogne et toucha son coeur. Elle était la fille de Mathieu, comte de Boulogne, qui était déjà mort, et elle avait pris le nom et la dignité de comtesse. Elle avait d'abord été mariée à Gérard, comte de Gueldre, puis à Bertold, duc de Zeringhem sur le conseil du vénéré comte de Flandres Philippe, son oncle ; tous les deux l'abandonnèrent pour des raisons sous entendues se rapportant à l'article d'un caractère tempêtueux et quasiment comme une veuve sans mari, elle s'abandonna aux voluptés charnelles et aux délices du siècle On comprend qu'elle se prit d'un ardent amour pour Arnoul de Guines et autant qu'elle le put, elle l'attira à elle ou feignit de le séduire avec l'inconstance et la tromperie des femmes. Des lettres et des messages réciproques et secrets portèrent l'un à l'autre la révélation d'un amour réel et Arnoul, à son tour, tomba semblablement amoureux d'elle, ou, par prudence et précaution masculines, fit semblant de l'aimer. Toutefois, soit qu'il l'aimât véritablement, soit qu'il le simulât, il aspira à posséder la terre de Boulogne et la dignité comtale, en obtenant la grâce de la comtesse."

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