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dimanche 31 juillet 2011

5 novembre 1789 : les édiles dunkerquois et la Garde Bourgeoise entrent en conflit

ADRESSE A MM. LES COLONEL & CAPITAINES DE LA GARDE-BOURGEOISE



MESSIEURS


Il paroit d’après votre arrêté que c’est à tort que j’ai annoncé, que le plus petit nombre de vous faisoit la loi dans votre Corps, & que le parti le plus considérable murmuroit tout bas ; mais n’osoit se plaindre. Ce n’est pas sans raison, Messieurs, que j’ai avancé cette assertion ; les 54 Signatures au bas de votre arrêté, ne font que me fortifier dans cette opinion, & me persuadent d’autant plus, que ce n’est que par complaisance ou foîbless que plusieurs de vous ont signé, ce qu’ils ne pensent pas.


Oui, Messieurs, je répéte que plusieurs d’entre vous, m’ont assuré ce que j’ai dit dans mon Mémoire, si dans un moment, où vous étiez réunis pour un festin, ils n’ont pas osé se montrer contraire à une opinion qui n’étoit pas la leur, ils ont sans doute été retenus par quelques considérations particulières ; il est tout naturel quand on sert dans un Corps, de paroître penser comme les autres, & sur tout comme ceux que l’on craint de contredire, ou que l’on a intérêt de ménager.


Je ne les nommerai pas, Messieurs, ceux qui m’ont donné pareille assurance : s’ils ont pu signer le contraire de ce qu’ils manqueroient pas de le demantir ; mais si ma prudence exige que je ne les décèle pas, je n’hésite pas à vous dire, que trois de vous, qui sont membres cu Comité, ont déclaré qu’ils désaprouvoient votre conduite : un d’eux surtout en a tellement été indigné, que le 26 septembre, jour de l’adresse du Comité aux Députés des corporations, il a dit, qu’il ne serviroit plus avec vous, à cause de votre inconséquence & de vos procédés indécens & déplacés, & sur les représentations et exhortations de quelques-uns de nous pour l’engager à exécuter vos foiblesses, & à ne pas se porter à ce parti violent, qui vous eut fait tort dans l’esprit du public, il a non seulement dit, que sa résolution etoit invariable, mais il y a persisté dans des termes beaucoup plus fort que je crois superflu de répéter. Quoique ce particulier, l’un des chefs de votre Corps, ait changé depuis de sentiment, & cédé à vos sollicitations REITEREES, ce qui prouve la bonté de son cœur, il n’est pas moins vrai, Messieurs, qu’il vous a blamés en présence des personnes qui ne pourront me démentir.


Quant au jugement que vous portez sur mon mémoire en le déclarant injurieux, indécent, insidieux, une foule de conséquences qui résultent de vos arrêtés & discours, prouvent ce que j’ai avancé ; je crois inutile de m’étendre davantage sur le même objet, ne doutant pas que mon mémoire aura suffi pour désabuser le public, que vos vains efforts ont tenté de prévenir contre moi.


Au surplus, Messieurs, qui vous a donné le droit de me juger ? Vous êtes illégalement constitués, vous vous êtes arrogés des pouvoirs qui sont une usurpation, vous vous êtes créés de vous-mêmes sans l’avoeu & l’approbation de la Commune, que vous avez eu le front de braver & d’insulter, en refusant de vous soumettre à la délibération du 18 de septembre dernier, en méprisant le Comité qu’elle avoit choisi pour exécuter ses volontés, & ne dites pas, Messieurs, que j’en impose ! Votre arrêté du 23 octobre, & celui imprimé du trois de ce mois, que vous venez de m’adresser, font la preuve de ce que j’ai avancé, quel est donc mon tort envers vous ? Celui d’avoir été assez courageux pour me défendre, afin de prévenir l’effet des insinuations dangereuses que quelques uns de vous ont répandues sur mon compte pour m’aliéner l’esprit du peuple, & de ceux qui ne doivent trouver dans ma conduite que la fermeté d’un citoyen zélé pour le maintien des droits des ses commettans.


Ce n’est pas moi MM. qui me suis donné le droit de désaprouver votre conduite, c’est vous-même, c’est la Commune assemblée qui m’a choisi membre du Comité, ce sont les membres de ce Comité qui m’ont honoré de la première Présidence : ma qualité subsiste toujours, & aussi longtems que la Commune ne s’assemblera pas pour recevoir ma démission, je conserverai le droit de m’opposer aux efforts que vous faites inutilement pour vous maintenir dans un despotisme qui doit être reprimé ?


Ce n’est pas mon mémoire qui est indécent, c’est votre conduite à mon égard qui mérite cette qualification. Vous aviez le droit de vous plaindre & de demander justice si vous vous trouviez insultés& vous n’aviez pas le droit de me juger ; ce droit appartient seul à la Commune que je respecte & que vous bravez, je ne puis mieux lui prouver tout mon dévouement qu’en l’assurant qu’aussi longtemps qu’elle laissera subsister les pouvoir qu’elle m’a donné, je lui serai fidel ; & que rien au monde ne pourra m’intimider quand il faudra embrasser sa défense.


J’ai l’honneur d’être,


MESSIEURS,


Votre très-humble & très-obéissant Serviteur,


Signé, COPPENS,


Président du Comité de la Commune



Dunkerque le 5 Novembre 1789




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A Dunkerque, de l’imprimerie de E. LAURENZ, Place-Royale.

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