La suite d'Histoires du Nord ...

vendredi 20 mai 2011

Quand l’amour devient calvaire

Godelieve nait vers 1049 à Wierre-Effroy, dans le Boulonnais. Son père est le seigneur des lieux. Sur la foi de sa réputation, Bertholf de Ghistelles, un jeune seigneur flamand, la désire pour épouse. Il se rend à Wierre, fait sa demande bien que le père de Godelieve ait déjà accepté qu’elle prenne le voile. Bertholf obtient pourtant le consentement de la jouvencelle par l’intervention du Comte de Flandre. Ne voulant déplaire à ses parents, elle épouse Bertholf, en 1067, à l’âge de 18 ans. La vie de la jeune châtelaine est morne car sa belle-mère la hait et son mari a décidé de la faire disparaître : sa mère ayant rejeté l’épouse dès la première entrevue, son amour pour elle s’est éteint aussitôt ! Godelieve passe sa vie entre vexations et insultes de sa belle-mère et indifférence du mari. S’absentant, il laisse Godelieve entre les mains de sa mère : elle l’injurie, l’oblige à rendre ses bijoux et la jette dans une geôle. A son passage, les domestiques doivent l’insulter. On l’envoie dans les champs chasser les corneilles. L’époux, quant à lui, se répand en calomnies sur son épouse dans toutes les villes où il passe… Tant et si bien qu’une femme compatissante vient la convaincre de retourner chez ses parents.

A Wierre, personne ne la reconnait. Mauvais traitements et sévices l’ont défigurée. Son père, outragé, s’en plaint auprès du Comte de Flandre qui préfère remettre l’affaire entre les mains de l’Eglise. La séparation est soumise à l’évêque de Tournai mais celui-ci exige que les époux reprennent la vie conjugale. Devant l’injonction épiscopale, Bertholf s’effraie, rejette la faute sur sa mère et s’engage à respecter l’ordre reçu !

Alea jacta est !

Le sort de Godelieve est scellé ! A peine revenue à Ghistelles, elle retrouve sa cellule, les coups, les insultes, les privations… Un an de ce régime ne vient pas à bout de la martyre. Mère et fils décident d’en finir de façon plus radicale. Feignant le repentir parce qu’une maladie le rongerait, Bertholf offre à Godelieve de vivre avec elle comme au premier jour. Comment décrire l’étonnement ? Confiante pourtant, l’idylle dure une semaine puis Bertholf, prétextant un rendez-vous avec une matrone qui doit le guérir - une de ces guérisseuses qu’il promet de lui présenter au plus vite - part pour Bruges, pour détourner les soupçons. Au milieu de la nuit du 5 au 6 octobre 1070, on vient la tirer de son sommeil sous prétexte que la fameuse matrone veut la voir immédiatement ! A peine vêtue, Godelieve descend dans la cour où des hommes l’attrapent et l’étranglent avec une nappe, sans qu’elle ne puisse pousser un cri. Comme le sang coulait des yeux, de la bouche et des narines de l’infortunée Godelieve, ils la jettent dans le puits pour la laver et la couchent dans son lit pour simuler une mort naturelle. Le matin, les domestiques qui découvrent le corps remarquent bien les traces de strangulation et ne sont pas convaincus par l’affliction de Bertholf et de sa terrible mère. Quant au Comte, il ne fait pas grand cas de cette affaire, ayant bien d’autres soucis sur ses terres.

Vers la sainteté

Veuf, Bertholf se remarie mais, faut il y voir la justice divine, il lui nait une fille aveugle. A 9 ans, l’enfant qui avait entendu parler de Godelieve, se prend d’affection pour la disparue, la priant chaque jour. Un matin, elle se lave les yeux avec l’eau du puits dans lequel Godelieve fut trempée et recouvre la vue. Bertholf, mortifié se retire au monastère de Saint-Winoc après avoir été mander le pardon à Rome. Désormais, sa vie n’est plus que mortification.

Sur son lit de mort, les moines découvrirent ses chairs meurtries par la cotte de mailles qu’il portait à même la peau depuis son entrée au monastère. Le cilice est un doux amusement à côté de ce traitement ! Ne doutant plus de son repentir, ils l’enterrèrent couvert de son haubert à l’entrée de l’Eglise. Quelques années plus tard, on l’exhuma. Le corps intact et « l’odeur de sainteté » offrirent à l’abbaye un saint de plus.

Le corps de Godelieve fut levé en août 1088. Découvert lui aussi intact, sa réputation de sainte se répand dans toute la Flandre où plusieurs chapelles ont été dressées à sa dévotion. La sainte représentée une écharpe ou une corde est invoquée par les femmes maltraitées par leurs maris ou par celles qui ont un époux de mauvaise humeur, son eau aurait le pouvoir de guérir les yeux. Elle réunit aussi un pèlerinage le dimanche qui suit le 6 juillet, qui réunit de nombreux croyants à Ghistelles.

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