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vendredi 28 janvier 2011

Le prêt sur gage de Cobergher au XVIIe siècle, toujours d'actualité ?


| BERGUES |

Demain, l'héritage de Wenceslas Cobergher et le mode économique solidaire qu'il a mis en place feront l'objet d'un entretien avec Philippe-André Royer, docteur en sciences sociales, et François Hanscotte, docteur en histoire.

Alors que le surendettement touche de plus en plus de personnes, les intervenants inviteront le public à repenser le crédit en montrant toute l'actualité de l'oeuvre de Cobergher.

Ce touche-à-tout, peintre, architecte, ingénieur, financier... a surtout marqué son époque comme acteur social. « Il était un humaniste, il s'intéressait à tous et à tout. Il prenait déjà en compte la confrontation entre le peuple et la bourgeoisie. Quand les archiducs de Flandre ont demandé à Cobergher d'éliminer la misère, celui-ci ne s'est pas dérobé », indique François Hanscotte. L'historien poursuit : « Pour obtenir du crédit, les pauvres Flamands ne pouvaient s'adresser qu'aux banquiers italiens et subir leurs taux exorbitants. Ce n'est pas sans rappeler certaines pratiques modernes comme le crédit revolving. »

Cobergher mit alors en place quinze Monts-de-piété, dont celui de Bergues. Les paysans flamands obtinrent l'appui de leurs nobles qui, ni Français ou Italien, mirent la main à la pâte sans pour autant compromettre leur statut. Se basant sur le prêt sur gage, les Monts-de-piété assuraient des taux plus intéressants pour les emprunteurs. Les biens gagés étaient stockés dans les étages. Ce système fonctionna à Bergues jusqu'en 1848. Des crédits municipaux, forme moderne du Mont-de-piété, persistent d'ailleurs dans certaines villes.

Actualité sociale

« Si cela n'a pas disparu, c'est bien que c'est nécessaire », constate François Hanscotte. Se faisant l'écho de l'actualité sociale, le passionné d'histoire s'interroge sur la possibilité de créer « un crédit d'urgence sociale pour ceux qui n'ont même pas de biens à gager ». Prêt à taux zéro, microcrédits, création de monnaies complémentaires... Autant de pratiques envisageables et à commenter pour contrecarrer la soif spéculative du monde de la finance.

Les deux orateurs s'arrêtent sur une période historique précise et un personnage marquant de la Flandre afin de « mieux comprendre les mécanismes économiques du moment ». L'objectif de ces échanges, à long terme, est de réussir à innover en poursuivant le travail initié par Cobergher. •

« Entretien public sur l'histoire et la prospective : Cobergher, Monts-de Piété, économies solidaires au 17e siècle et actualité », avec François Hanscotte et Philippe André Royer. Conférence demain, à 19 h, au salon blanc de l'hôtel de ville, organisée par Zénon 3000.

in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 28 janvier 2011

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