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mercredi 1 décembre 2010

«Trystram, c’était le port de Dunkerque!»


Vaucauwenberghe, en quelques mots, a tout dit de Trystram. Né à Ghyvelde en 1821, le milieu dont il est issu n’est guère aisé : il est le fils d’un modeste douanier ; quant à sa mère, elle ne sait ni lire ni écrire. Comme beaucoup d’enfants, il quitte l’école à 10 ans pour entrer comme apprenti chez un tailleur, puis il est employé dans une sucrerie du jeu de Mail. A12 ans, il se fait embaucher par la maison de commission Baudin où il s’intéresse au négoce. Sur le conseil du directeur des douanes, il s’oriente vers le commerce et s’établit comme courtier en assurances pour les remplacements militaires. La loi permet de se faire remplacer si l’on tire un mauvais numéro pour aller faire son service… C’est que le conscrit doit servir 7 ans sous les drapeaux ! Système injuste qui privilégie les plus riches ! Plus tard, ses adversaires politiques ne manquèrent jamais de le qualifier de « marchand d’hommes », surtout lors des campagnes électorales !

Il poursuit ses études seul et se marie en 1843 avec une jeune modiste coudekerquoise. De ce mariage naissent cinq enfants dont l’un, Jean, lui succède plus tard en politique. Le sens du commerce est inné chez lui. Les assurances, même en les diversifiant, ne lui suffisent pas. Il se lance dans le négoce et l’export agricoles où il amasse assez d’argent pour le réinvestir dans le commerce du bois puis dans le raffinage du pétrole. Voilà un homme qui compte à Dunkerque ! Lorsque qu’éclate la Révolution de 1848, le jeune homme de 27 ans jouit d’une situation prospère et d’une réelle popularité.

Les combats politiques

A partir de 1848, il commence une nouvelle carrière, dans la politique cette fois, avec le Parti républicain. La révolution et la naissance de la Deuxième République suscitent de nombreux espoirs. Ses relations lui mettent le pied à l’étrier. Il reçoit le soutien de la Franc-maçonnerie, à laquelle il appartient. Le coup d’état de 1851 et le Second Empire l’excluent de la vie politique… Proscrit par le régime, il se jette à corps perdu dans le travail. Avec son associé Louis Crugeot, il fonde une maison d’importation de bois de Scandinavie dotée d’une scierie mécanique en 1856. Elle devient vite la première de France ! Les associés récidivent avec la création d’une raffinerie d’huiles de pétrole mais celle-ci brûle en 1860 et en 1887, ravageant la scierie. Il préfère alors céder le pétrole aux Lesieur. Il s’adonne un temps au commerce des fontes et des fers et s’aperçoit alors de la faiblesse du port.

Républicain convaincu, il est nommé sous-préfet de Dunkerque en 1870. Une charge qu’il accepte parce que la France est en danger : l’Empire vacille contre les Prussiens ! Il puise même dans ses propres deniers pour contribuer à la défense de la ville ! Cependant, il démissionne rapidement pour se présenter aux élections législatives mais la France n’est pas encore républicaine… Battu, il persévère : les mandats se succèdent au Conseil Général où il siège de 1871 à 1905 et dont il assure plusieurs fois la vice-présidence. Le chemin de fer, arrivé à Dunkerque en 1848, met en évidence les carences portuaires. Les travaux prévus avancent lentement et de vastes espaces sont réservés aux fortifications. Trystram convainc le ministre des Travaux publics lors de l’inauguration de l’écluse ouest de la nécessité de l’agrandissement !

A la Chambre !

Il a beau œuvrer au développement du port dunkerquois en assurant aussi la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie, il pressent que son action ne sera efficace que sous les ors de la République… Il entre en 1876 à la Chambre des députés mais suite à la crise du 16 mai 1877, la chambre est dissoute. La campagne électorale de 1877 est un échec mais l’élection est invalidée et il retrouve son siège au Palais Bourbon l’année suivante et parvient à intéresser Freycinet, le ministre des Travaux Publics en place, qui fait de Dunkerque une question nationale : il faut rendre le port capable de concurrencer Anvers ! Obtenant les travaux espérés, il n’a de cesse de réclamer toujours plus, pour renforcer le port.

Par expérience, peut-être aussi par goût, ses travaux parlementaires privilégient les domaines commerciaux et maritimes. Inlassable travailleur, il est réélu en 1881. Battu en 1885, il revient en 1886 à l’occasion d’une élection partielle mais en 1889, il est battu par Lalou, un candidat boulangiste… Elu sénateur en 1892 à la mort de l’amiral Peyron, il garde son siège 20 ans… Malade, il quitte la vie publique en 1905 et se retire chez lui, au 25 de la rue de l’abreuvoir. Veuf depuis 1896, il y vit en compagnie de sa fille Albertine et décède l’année suivante. Grâce à lui, Dunkerque devient le troisième port français, passant de 800.000 tonnes en 1870 à 3,5 millions en 1906. Dunkerque a perdu un de ses plus ardents supporters…

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