La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 30 novembre 2010

du mois de décembre 2010

«Lorsque Saint Eloi a bien froid, quatre mois dure le grand froid»
Voilà un mois de décembre qui commence bien mal et qui vient confirmer les pronostics entendus ici et là sur un hiver qui sera froid. Mais si décembre est froid ce sera un bon présage pour l’année nouvelle «Quand décembre est froid, quand la neige tombe, en année féconde tu peux avoir foi» et «Froid et neige de décembre du blé à revendre» .
Tous les gens le savent, un manteau de neige est la meilleure sauvegarde contre le gel du sol en profondeur. La neige elle aussi est un enrichissement. «Décembre aux pieds blancs s’envient, an de neige est an de bien»
«Gibre d’avans Nadau cènt escut nous vau !» «givre d’avant Noël, nous vaut cent écus» dit-on chez nous, ou encore «Quouo desembre es fré, e que toumbo la nèu, d’uno annado drudo pos agué la fé» «Quand décembre est froid et que la neige tombe, en une année féconde tu peux avoir foi !»
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Décembre, ce dernier mois de l’année, placé par les Romains sous la protection de Saturne, père de tous les dieux est toujours empreint d’une certaine tristesse. N’est-il pas mélancolique de voir s’envoler les jours et les années ? Pourtant décembre n’est pas un mois comme les autres. Aux yeux des petits et des grands, le dernier mois de l’année est celui de l’émerveillement, de la paix intérieure. C’est un mois de traditions de toutes sortes, la plupart liées à la fête de Noël. Mais décembre 2010 plus que les autres années sera marqué par ce qui pourrait se passer autour des jours suivant le solstice. Je parlerai donc de cela d’abord puisque depuis de nombreuses années j’ai déjà parlé en long et en large de ces traditions «calendales» c'est-à-dire de fin d’année, qui vont du blé de la sainte Barbe à Noël, à la crèche et aux santons, aux treize desserts et au trois messes basses qui n’existent plus sauf dans le merveilleux contes de notre gardois Alphonse Daudet, en passant par la saint Nicolas, santa Klaus, l’ancêtre du père Noël que le commerce, encore lui, a transformé en Père Noël !
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Nul ne sera étonné si je vous dis que je crois à l’influence de la lune. Du moins à un certain nombre de coïncidences difficiles à démentir, car les observations sont là ! celles que nous pouvons faire mais aussi celles de nos ancêtres qui en ont déduit des règles et composé des dictons qui se vérifient souvent. J’ai d’ailleurs bien du mal à comprendre ceux qui disent que la lune n’a rien à voir avec tout ça ! ... comme je l’ai vu démontrer récemment par un statisticien qui voulait prouver que la pleine lune n’a rien à voir sur les naissances et encore moins sur les perturbations de notre sommeil ; ou ce savant ingénieur qui a été très embarrassé quand je lui ai dit pour contrer sa démonstration «mais alors Monsieur expliquez-moi les marées ! silence radio.. ! Il est vrai que ni l’un ni l’autre de ces conférenciers n’était météorologue et aucun des deux n’a su m’expliquer ce qu’était la lune montante et la lune descendante ! Tout juste savaient-ils distinguer la pleine lune d’un croissant de lune ! mais ils faisaient des conférences !
Alors voilà. Ce mois de décembre 2010, à son démarrage, tient bien ses promesses. Il est froid ! Mais il faudra bien regarder ce qui va se passer dans les jours qui suivront immédiatement le solstice d’hiver le 21. Toutes les observations dont je me suis souvent entretenu avec vous dans ces chroniques, nous disent «les changements de temps, s’ils doivent avoir lieu – observez la prudence ! – se produisent habituellement aux lunistices, particulièrement le 3ème jour.» C’est par exemple ce qui se passe en ce moment avec la première vague de froid qui arrive après la pleine lune du 21 novembre, le noeud lunaire du 24 et la courbe lunaire au périgée le 30. La température dégringole. Mercredi 1er décembre sera une journée très froide partout en France et il y aura un redoux le 5 ou le 6 avec la nouvelle lune de décembre.
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Ces mêmes observateurs, dont je suis, disent encore que «lorsque la pleine lune ou la nouvelle lune ont lieu au périgée il y a souvent danger de perturbations, particulièrement à l’équinoxe ou au solstice, et au moment des grandes marées». Et de rajouter : «ce fut le cas lors de la tempête des 26, 27 et 28 décembre 1999, et le tsunami du 26 décembre 2004 s’est produit à la pleine lune du solstice avec la courbe lunaire à l’apogée le 27» in calendrier lunaire de Rustica.
Dernière observation : « quand la pleine lune ou la nouvelle lune a lieu au noeud lunaire il y a éclipse. Les périodes d’éclipse sont toujours des moments de perturbations atmosphériques ».
Or ce 21 décembre 2010, jour du solstice d’hiver, ce sera jour de pleine lune, il y aura éclipse de lune, la courbe lunaire passera à un noeud descendant et la lune sera proche de nous, à son périgée le 25 décembre et le coefficient de marée sera le plus élevé du mois autour de 90/91 à Brest ( les grandes marées sont plutôt autour de 115)
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Toutes les conditions sont donc rassemblées pour nous inciter à regarder ce qui va se passer en ces jours de fin d’année. Je ne me hasarderai à aucune prévision, pour ne pas crier avec les prophètes de catastrophe telle celle annoncée pour soutenir le lancement d’un film sur la fin du monde en 2012.. Il faudra regarder et noter.
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Quoiqu’il en soit cultivons notre jardin ! Jusqu’au 5 décembre on peut encore tailler s’il ne gèle pas trop fort, du 5 au 21 la période de lune descendante est favorable aux plantations et aux semis. Après le 21 en lune montante - alors qu’elle sera décroissante - ( souvenez-vous qu’il ne faut pas confondre croissante et décroissante avec montante et descendante ) on pourra à nouveau planter. «A la fête de saint Thomas, les jours tombés au plus bas, vont grandir d’un pas», C’est un dicton qui ne peut dater que d’après la réforme du calendrier grégorien de 1582 puisqu’avant, le solstice était fixé au 24 décembre, ce qui avait permis de fixer la date de la venue du messie, Lumière du Monde, au 25 décembre. La veille de ce jour de lumière qu’est Noël, on fêtait saint Luce ou Lucie, d’où ce fameux proverbe qui n’est plus à sa place puisque par suite de l’application de cette réforme du calendrier on a supprimé 10 jours pour faire coller le cycle du soleil à celui des saisons : «A la sainte luce, les jours croissent du saut d’une puce». Nous connaissons tous plusieurs comptines qui prennent pour mesure le pas d’un animal pour rappeler l’augmentation de la durée du jour ( officiellement à partir du solstice puisque le soleil ce jour là arrête sa course descendante sur l’horizon pour se lever chaque jour un peu plus tôt et un peu plus haut à l’est ) . On trouve un dicton assez original pour prendre cette mesure, le jour de la saint Thomas le 21 «les jours en font pour saint Thomas, depuis la bouche jusqu’au nas», c'est-à-dire que les jours s’allongent de bien peu de chose en vérité, de l’espace de la bouche au nez ! C’est différent bien sûr si c’est le nez de Cyrano qui sert de référence !
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Comme je me suis souvent et largement entretenu dans ces chroniques des traditions de Décembre et de Noël, je me limiterai cette fois à une tradition, très forte chez nous dans le sud de la France mais qui en a dépassé les limites, et qui est rattachée à ces temps de fin d’année alors qu’elle n’a rien à voir avec cette période ni avec la Noël. Je veux parler du Loto.
Nous nous souvenons tous de ces lotos organisés dans nos villages avec dindes, chapons et lièvres et des filets garnis suspendus aux devantures des cafés. Ces lotos avaient lieu uniquement pour Noël; souvent même la veillée de Noël en attendant la messe de Minuit. Dans les villes, l’organisation de ces lotos avait pris beaucoup d’importance, avec des lots assez extraordinaires, transformant bars et cafés en véritables maisons de jeu. Dès 1836 des textes de lois sont intervenus pour les règlementer puis les interdire, la dernière loi en la matière datant de 1983. Désormais les lotos ne peuvent être organisés que «dans un cercle restreint et uniquement dans un but social, culturel, scientifique, éducatif, sportif ou d'animation sociale et se caractérisent par des mises de faible valeur, inférieures à 20 euros. Les lots ne peuvent, en aucun cas, consister en sommes d'argent ni être remboursés. Ils peuvent néanmoins consister dans la remise de bons d'achat non remboursables». Cependant les dérives reviennent à la surface au point que le législateur s’est encore penché récemment sur ce problème. Derrière cela il y a la volonté de protéger «l’animation sociale» mais aussi, ne nous voilons pas la face, la volonté de règlementer l’organisation de tous les jeux d’argent, dont nous connaissons tous la palette très variés présentée par La Française des jeux et les débordements que cela génère.
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Notre loto familial et traditionnel, celui organisé par nos organisations caritatives, ou sociales tire ses origines dans les loteries. Elles sont connues depuis l’Antiquité, et l’on sait très bien que sous l’Empire Romain ou en Grèce il était de tradition de tirer au sort certaines charges ou prébendes. Les candidats inscrivaient leur nom sur des boules d’argile qui étaient ensuite tirées au hasard par les « bouleutes » sans doute un ancêtre de notre mot « boulottes » ces boules sur lesquelles sont inscrites les 90 dix numéros du loto.
Moïse lui-même eut recours au tirage au sort pour accorder aux juifs les lopins de terre à l’ouest du Jourdain. Certains prétendent même que la Grande Muraille de Chine a été financée par un tirage au sort de lots attribués aux différents entrepreneurs. Le Coran lui-même interdit les jeux de hasard au même titre que le vin d’ailleurs ( sourate 5 ).
On trouve des loteries à Bruges en 1441 sous le nom «loteriej», de la racine francique «lot» désignant le sort, d’où le mot «lotto» en italien. A Gênes se répand l’habitude des paris en lien avec le mode de renouvellement des membres du Conseil municipal par tirage au sort dans la tradition gréco-romaine. François 1er autorise un émigrant italien nommé Tonti, à organiser une loterie. Une ordonnance du 15 mai 1539 enregistrée au Parlement de Paris, crée la loterie française.
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Plus généralement on attribue l’invention du loto à l’italien Benedetto Gentille, qui aurait transformé le mode de désignation des cinq gouverneurs et procurateurs de la ville de Gênes. A Gênes, comme à Venise, la stabilité politique n’était pas de mise et les grandes familles de notable tentaient d’imposer leur prépondérance. Pour mettre fin à ces luttes d’influence, en 1576, la ville de Gênes se dote d’un Sénat de 120 membres, puis de 90, ( d’où les 90 numéros de notre loto ) et cette assemblée désignait deux fois par an, cinq gouverneurs ou procurateurs par un tirage au sort «lotto» ( sort = lotto en italien ), sur un mode très proche de la désignation des consuls dans nos villes françaises, en tirant des boules dans un sac. Très vite on en vint à parier sur la sortie de ces cinq noms. Cela nous donne les deux mots «Loto» et «Quine» (=cinq ) Dans les campagnes italiennes l’usage de jeux de même nature se répand sous le mot «beano» qui aurait donné «bingo», et dans les pays anglo-saxons le mot «quine» est devenu «keno».
Loto, 90, quine, boulottes : nous avons là les bases de notre loto «traditionnel " ou « familial ", qui n’a rien à voir avec le Loto National créé lui en 1976.
A travers les siècles, les loteries subiront successivement créations, organisations et interdictions, au gré des besoins financiers ou des dérives. Louis XIV, puis Louis XV interdisent puis les autorisent. La Convention fait de même. Le Directoire aussi. En 1933 la Loterie Nationale finance l’organisation «les Gueules Cassées». Ce sont les fameux dixièmes de la loterie nationale que nous avons connus. En 1976 la 5ème république crée le Loto National, alors que le loto traditionnel et familial continue son chemin.
Les cartons sont décorés de scènes où l’intention éducative n’est pas absente. Ce sont des objets de collection aujourd’hui recherchés.
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Le principe du jeu est bien connu : des cartons comportant trois rangées de neuf cases, soit 27 au total, seules cinq cases dans chaque rangée portant un numéro. Quatre-vingt dix boules «Boulottes», numérotées, qu’un meneur de jeu est chargé de tirer au sort et que les joueurs marquent avec des grains de maïs, et maintenant par des rond cartonnés voire aimantés. Le premier à remplir cinq cases, crie «quine» et non pas un peu n’importe quoi comme on le fait car on se sait plus ce que veut dire «quine».
L’énonciation des numéros tirés du sac est bien souvent accompagnée de jeu de mots pour les rendre plus intelligibles et pour égayer le jeu. Ces jeux de mot, à l’inspiration de l’animateur ou puisés dans un répertoire local sont l’objet de toutes sortes de plaisanteries dont le sens n’est pas toujours explicite et parfois grivois. Attention à ne pas se laisser distraire en demandant au voisin une explication car alors vous risquez de ne pas entendre le numéro suivant et ainsi perdre une chance de gagner un lot ! Saluons nos voisins du 84 ou du 34, «les parisiens du 75» ou le canon de même calibre, sans oublier sûr bien le 80, toujours «dans son coin du carton», la Mamé (89) «pas encore couchée» quand on tire son numéro et le Papé (90) «pas couché non plus !» Et bien d’autres !
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Noël sera bien vite là. Et la nouvelle Année dans la foulée. C’est donc avec ce voeu traditionnel des veillées de Noël que je termine cette chronique avec l’espoir que nul ne viendra censurer cette phrase en notre parler du midi, en lenga nostra, ( et pas nécessairement du provençal !) car comme beaucoup je suis fort surpris de cette décision d’une administration qui, tout récemment, a déclaré illégal, un panneau à l’entrée d’une ville, avec le nom en français et en occitan. Faut le faire !
Alègre ! Alègre ! Alègre ! Que Noste Segnou nous alègre ! et a l’an que vén e si sian pas maï, moun Diéou, que fuguen pas men ! » Oui Joie ! que Notre Seigneur nous apporte la Joie ! et si dans l’an qui vient nous ne sommes pas plus nombreux, que nous ne soyons pas moins !
Buon Nadal ! Bon Noël ! Buon an 2011 ! Adissias !
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Jean Mignot , le 30 novembre 2010 en la fête de saint André
«Pour la Saint André, le froid nous dit : me voici !»

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