La suite d'Histoires du Nord ...

jeudi 30 septembre 2010

à propos du mois d'octobre 2010

Voici octobre. L’heure est à la nostalgie. La lumière devient rasante. Les brumes matinales ou vespérales créent une atmosphère de douceur et d’intériorité propice à la paix. L’été est derrière nous. C’est le temps des ultimes flamboiements. Les feuilles commencent à tourbillonner tristement. Les semailles débutent. Le soleil quitte l’hémisphère Nord et perd de sa vigueur. L’arrière-saison s’installe. La beauté de la campagne aux riches couleurs incite à la méditation.

« Le vent fera craquer les branches

La brume viendra dans sa robe blanche

Y aura des feuilles partout

Couchées sur les cailloux

Octobre tiendra sa revanche

Le soleil sortira à peine

Nos corps se cacheront sous des bouts de laine

Perdue dans tes foulards

Tu croiseras le soir

Octobre endormi aux fontaines »

chante si bien Francis Cabrel.

Les bacchanales des Romains et des Grecs qui fêtaient le dieu des vendanges Bacchus ou Dionysos, ont disparu, supprimées par le concile de Constantinople, car trop marquées par trop de débordements.

Les Égyptiens célébraient eux, la « fête du bâton du soleil ». Personnifié par le dieu Râ, le soleil déclinant à l’horizon depuis l’équinoxe d’automne, était censé avoir besoin d’un soutien !

La lune qui nous donne toujours de bonnes indications sur le temps comme nous l’avons vu en septembre, sera descendante du 1er au 12 de ce mois. Ne confondons pas, je le redis une fois encore, lune décroissante (le cercle lumineux de la lune devient chaque jour plus petit) et descendante (c’est à dire que jour après jour elle se trouve plus bas vers l’horizon). Ce sera le moment idéal pour mettre en place les bulbes pour le printemps prochain, pour repiquer les bisannuelles que vous avez semées en août, pour installer les groseilliers et framboisiers, pour ouvrir les trous destinés à recevoir en novembre ou décembre, après la sainte Catherine, les arbres fruitiers que vous voudrez planter. En lune descendante la terre absorbe mieux les engrais organiques, l’enracinement se fait mieux notamment parce que la sève des plantes redescend : « En octobre qui ne fume rien n’a rien ». Les feuilles des arbres privées de cette nourriture, vont tomber. Le 1er octobre pour la fête de saint Rémi, cet aristocrate du Ve siècle, né à Laon et devenu évêque de Reims, non seulement : « A la saint Rémy la chaleur est finie » mais « A la saint Rémy de semer on doit avoir fini » .C’est une période favorable aux premières tailles ou pré-tailles, notamment pour les haies. Il faut bien vite cueillir les derniers fruits, pommes, poires et coings avant les premières gelées qui se produiront immanquablement après la pleine lune du 23, et le nœud lunaire du 28, en lune montante. Il est conseillé de le faire avant le 5: « A la saint Placide le verger est vide ». Ce saint est une victime des pirates qui sévissaient en Méditerranée et sur les côtes de Sicile au VIe siècle. Octobre est une période de gros travaux dans les champs : « octobre le vaillant, surmène le paysan ». Nous sommes depuis la saint Michel de septembre dans le nouvel an agricole.

Le nouveau mois lunaire est le 6 avec une courbe lunaire au périgée. Ce n’est jamais une bonne période pour du beau temps. Le coefficient des marées est assez élevé le 8 avec plus de 111/112. Aussi les dictons redoublent d’appel à la prudence et à l’observation du temps qu’il va faire. Le 7 pour la saint Serge: « A saint-Serge, achetez vos habits de serge ». Quant à Saint Denis, premier évêque de Paris, célébré le 9, c’est un « jour d’ajet », un « jour de sort » ou « jour mâle » qui nous donne des indications sur l’hiver à venir : « Regarde bien auparavant et après la saint Denis les jours : si tu vois qu’il gèle blanc, les vieux assurent que toujours le semblable temps tu revois pendant un, deux, ou trois mois ». Ce que corrobore plusieurs autres dictons « Beau temps à la saint Denis, hiver pourri » ou « s’il fait beau à la saint Denis l’hiver sera bientôt fini » et aussi : « A la saint Denis le vent fait son nid » ou encore, et on peut le redouter : « Quand il pleut à la saint Denis, la rivière sort neuf fois de son lit ». Le 10 octobre pour la saint Ghislain, apôtre du Hainaut, invoqué contre l’épilepsie, « Temps sec à la saint Ghislain, nous annonce un hiver d’eau plein » ou « Brumes d'octobre, pluie de novembre, font ensemble un bon décembre ». Chacun peut y retrouver son compte ou interpréter à sa façon !

Pour les amateurs de champignons, si l’automne et octobre sont une bonne période pour leur cueillette, il faut attendre après le 12. Les champignons sont en gestation en nouvelle lune (le 6), spécialement si elle est en courbe montante ; ils poussent vers le 5 ème jour, tendres et charnus, (la lune deviendra montante le 12, ce qui est bon signe), et ils seront magnifiques à la pleine lune du 23 ou peu avant. Après ils se dessècheront.

Octobre, comme la plupart des mois de notre calendrier a non seulement sa marque de fabrique chez les Romains, pour lesquels il était le 8 ème mois de l’année, mais il est aussi marqué, du moins en France et dans tous les pays qui ont adopté la réforme « grégorienne » dès qu’elle a été mise en place, par le fait « historique » qui a fait supprimer d’un coup de crayon, dix jours du mois d’octobre 1582 , entre le 5 et le 15 de cette année là. On notait alors un important décalage de 10 jours dans le calendrier « julien » et cela avait une répercussion sur la date de Pâques telle qu’elle avait été fixée par le concile de Nicée en 325. D’où toute une série de répercussions sur les autres fêtes. Après de longues discussions et d’interminables palabres, sur la foi des savants calculs de Christopher Clavius dit Clavio et de Aloïsius Lilius dit Lilio, il fut décidé, pour rattraper ce décalage, de supprimer dix jours du calendrier. La bulle « Inter gravissimas » du 24 février 1582, de Grégoire XIII, ( les bulles des Papes ne portent pas que sur des sujets de dogme !) fixa cet ajustement entre le 4 et le 15 octobre 1582. Le problème, tant pour les généalogistes que pour les historiens, c’est que tous les pays n’ont pas adopté la réforme à la même date ni au même mois et donc que, sur dix jours calendaires, au rythme des dates de mise en application de ces ajustements il ne s’est rien passé puisque ces jours n’ont pas existé. Ce qui complique encore plus !

Les pays protestants orthodoxes ou musulmans n’appliquèrent pas cette réforme parce qu’elle venait d’un pape. « Les protestants aiment mieux être en désaccord avec le Soleil qu'en accord avec le Pape. » écrivait le savant Kepler. Et Voltaire disait : « Il vaut mieux avoir tort contre le pape que raison avec lui ».

En Italie, en Espagne, au Portugal et au Brésil sa colonie, en Pologne et en Autriche, ces dix jours rayés du calendrier furent appliqués entre le 5 et le 15 octobre. En France, les lettres patentes du Roi Henri III imposèrent l’application de la réforme en décembre 1582, et du 9 décembre on passa au 20 décembre, ce qui explique le fameux dicton de la sainte Luce dont j’ai souvent parlé, qui du 23 décembre veille du solstice alors fixé au 24 décembre passa au 13 décembre. Ne cherchez donc pas dans l’histoire de France ce qui s’est passé entre ces deux dates, ou des dates de naissance de vos ancêtres ou autres évènements les concernant pour cette année là.

Cette réforme bien justifiée puisqu’il s’agit de se référer le plus près possible de la course du soleil qui gouverne nos jours et nos nuits, du fait de entrée en vigueur à des dates fort différentes dont je vous épargne l’énumération, entraîna toute une série d’anomalies dont la plus évocatrice est la date de la mort de Cervantès et de Shakespeare le même 23 avril 1616. Mais l’Espagne et l’Angleterre ne se référaient pas alors au même calendrier, ils ne sont pas de fait décédés le même jour.

C’est cela qui nous vaut par exemple de parler encore en Russie de la révolution d’Octobre qui a eu lieu en novembre. C’est encore la raison des différences de dates entre les cérémonies catholiques et orthodoxes, Noël et Pâques. Dans ses Essais, Montaigne mentionne les difficultés que ses contemporains ont éprouvées pour passer progressivement au nouveau calendrier.

Heureusement le calendrier grégorien est rarement utilisé de façon rétroactive. En Histoire, on se réfère au calendrier « julien » pour la période précédant 1582. Ainsi, dans la plupart des cas, les dates concernant les événements antérieurs à l'adoption officielle du calendrier « grégorien » sont des dates du calendrier « julien ».

Je souligne seulement que les calculs pourtant si précis des savants auteurs du calendrier « grégorien », comporte encore une « légère » erreur parce qu’ils ont négligé l’application des décimales. Tous les 400 ans il y a un décalage de 0,12, ce qui cumulé, finira par faire un jour entier d’avance, en 4915 ! Il faudra s’en souvenir n’est-ce pas ! et ce malgré l’application du système du jour bissextile de février qui vient, selon une règle compliquée, corriger les calculs. Compliquée car ce n’est pas systématiquement tous les quatre ans, je l’ai expliqué en particulier pour l’an 2000. De fait pour parer à cette difficulté, on opère actuellement à des réajustements de l’heure officielle dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier pour tenter de rester en phase avec le soleil. Cela s’est déjà produit les années précédentes. Il est vrai que cette nuit-là nous pensons souvent à autre chose !

Octobre c’est encore le changement d’heure dans la nuit du 30 octobre cette année, ce qui nous plongera plus vite encore dans la nuit de l’hiver désormais bien proche, et qui justifiera la trop fameuse nuit d’Halloween, pour laquelle je vous renvoie à mes chroniques précédentes.

C’est dans ces dates que le célèbre Microsoft nous annonce la mort programmée depuis 2008 de son windows xp qui ne sera plus vendu préinstallé. Mais pas de panique… il continue de bien fonctionner encore et pour quelques années.

Voila ce que j’avais envie de vous dire sur ce mois d’octobre 2010. Demain commencent les longs jours d’octobre si bien chantés pas Anne Vanderlove :

Les feuilles sèches craquent dans les rues

Le vent les fait danser, tourbillonner

Les longs jours d'octobre et leur farandole,

Les longs jours d'octobre sont revenus

Le vent les fait danser, tourbillonner,

Nous irons dans les bois cueillir des feuilles,

Les oies sauvages en bandes s'envolent,

Les longs jours d'octobre sont arrivés !

Ce midi nous avons pu voir au journal télévisé les vols de flamants rose sur la Camargue. Ils ne savent pas lire le calendrier, qu’il soit « julien » ou « grégorien », « lunaire » ou « solaire ». Il y a des signes qui ne trompent pas !

Aussi je ne saurai trop vous recommander d’être prévoyant pour les jours qui arrivent avec ce vieux proverbe du midi : « Oou mes d’octobre, qu’a ge de raoubo, que n’en trobe » ; en gros si vous n’avez pas de quoi vous habiller pour vous protéger du froid qui va immanquablement arriver, prenez vos dispositions !

Addissias !

Jean Mignot le 30 septembre 2010

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