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vendredi 17 septembre 2010

Maud Tamer veut qu'on respecte sa propriété, même s'il s'agit du « joyau d'Esquelbecq »


L'actuelle propriétaire du château d'Esquelbecq, Maud Tamer, ouvrira les grilles du monument à l'occasion des Journées du Patrimoine. Sur la rénovation du «joyau patrimonial» de la commune, elle reste ferme : «j'y arriverai, mais je suis chez moi et je ne veux pas qu'on m'embête».

PAR ESTELLE JOLIVET PHOTO JEAN-CHARLES BAYON

«Mon père disait toujours : "Un homme sans racines est un homme mort".» Maud Tamer s'accroche aux siennes, de racines. Celles d'une famille de notables flamands originaires de Wormhout, les Morael, qui ont laissé à la postérité une batterie de maires et de conseillers généraux.

Le destin des Morael est lié à Esquelbecq depuis 1945, date à laquelle le père de Maud rachète le château. Conséquence peut-être de la perte de la maison familiale wormhoutoise, incendiée et bombardée en 1940. «Ce château, j'y viens depuis que j'y suis toute petite , confie Maud Tamer, qui en a hérité en 2000. J'adore ma bicoque. C'est mon havre de paix. À partir du moment où je ferme ma porte, je suis sur ma presqu'île.» La châtelaine réside à Paris mais s'offre des séjours prolongés à Esquelbecq, surtout à la belle saison. Elle assume un côté parfaitement bohème. A aménagé un atelier dans l'une des dépendances, où elle écrit et transforme des objets chinés sur les brocantes. A adopté un couple de gallinacés à la mort du bouc employé «comme chien de garde » et dans l'espoir de pouvoir, un jour, voir un chameau se balader entre les allées du jardin. « Dans la vie, il faut tourner les choses en burlesque, sinon vous êtes mort», aime-t-elle répéter.

Sa légèreté cohabite avec un caractère entêté, qui se réveille dès que la conversation s'égare autour du château. «Quand le donjon s'est effondré, en 1984, je me suis dit : "maintenant, il faut être présent"». Le jour de la catastrophe, elle aurait dû être dans l'une des ailes. Mais la gouvernante de sa mère avait insisté, la veille, pour qu'elles repartent à Paris. « Je l'appelais Colonel Claire. Elle m'a sauvé la vie".

Après avoir tenu quelques années l'auberge du château, sur la place Bergerot, Maud Tamer se concentre désormais sur la réfection des dépendances et l'entretien des jardins, où elle a planté elle-même les rosiers et l'allée d'hortensias. Les soins apportés à la propriété ont fait office de thérapie, notamment après la mort de sa fille, en 2005.

Mais bien que l'aile nord ait été consolidée, bien que la toiture de l'auberge ait été entièrement refaite, le château se trouve dans un état avancé de délabrement, une fois franchi le pont-levis. «Il faudrait l'habiter mais j'ai du mal à y aller , avoue la propriétaire. Il faudrait en plus tout sécuriser, c'est compliqué.» Maud Tamer imagine mal, aussi, un château "portes ouvertes" coù se promèneraient les visiteurs. «Il ne faut pas vider ce château de sa mémoire , de son essence». Malgré les attentes parfois pressantes des Esquelbecquois qui aimeraient booster le développement touristique de la commune, malgré les grappes de touristes avides qui s'accrochent chaque semaine à ses grilles, malgré les mises en garde de ses amies devant le chantier titanesque que représente la rénovation du château, Maud Tamer veut rester maîtresse chez elle. «J'en ai déjà fait pas mal en dix ans, se persuade-t-elle. J'y arriverai, mais je ne veux pas qu'on m'embête.» •

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Un château unique en Flandre

Classé monument historique en 1987, le château d'Esquelbecq est entouré par un bras de l'Yser, qui alimente les douves, et par des jardins à la française dont le tracé n'a pas été modifié depuis le XVIIe siècle.

Les historiens supposent qu'une première forteresse en bois avait été érigée là au IXe siècle, pour faire face aux invasions normandes. Mais son allure actuelle date du début du XVIIe siècle, grâce aux travaux de restauration entrepris par le baron Philippe de Guernonval. On raconte que Louis XIV y a séjourné durant la campagne de Flandre et que le poète romantique Alphonse de Lamartine y a souvent résidé. Le donjon de l'édifice, qui fut l'un des derniers construits en France, n'est plus, depuis le terrible effondrement de septembre 1984, qui avait endommagé une partie de l'aile nord.

Le château en lui-même ne se visite pas mais l'ouverture de la propriété permettra, ce week-end, d'admirer de plus près divers monuments du parc : le colombier, qui date de 1606, la conciergerie de 1590 et l'auberge du château (1615), dont le pignon est orné de signes runiques.

in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 17 septembre 2010

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