La suite d'Histoires du Nord ...

mercredi 18 août 2010

Dunkerque, ville de stupre et de luxure ?


On ne peut pas dire que Dunkerque soit un haut lieu de débauche. Contrairement à nombre de ports, l’on ne trouve pas d’accortes demoiselles arpentant les trottoirs, encore moins depuis que le port Est semble déserté par des navires qui préfèrent le Quai des Pondéreux Ouest et font des rotations tellement rapides que l’on ne croise plus de marins en bordée qu’en de (très) rares occasions.


Pourtant, Dunkerque a eu ses maisons closes, haut lieu de convivialité des bourgeois et des marins argentés avant que la Loi Marthe Richard ne vienne mettre un terme à ces «amusements».

Souvenirs lointains de bordées

Près du port, il y avait bien quelques bistrots et estaminets dont les serveuses rendaient des services qui allaient au-delà du trajet entre le zinc et les tables. Surveillées par la Police, les filles cartées étaient connues et « reconnues » dans leur profession… Pourtant, comme toute ville qui se respecte, la sous-préfecture maritime avait ses maisons closes. Loin des établissements de bains du Moyen-âge, les «bord-de-l’eau» (qui ont survécu au travers du mot si souvent galvaudé de «bordel»), l’on venait s’encanailler rue des casernes de la Marine, une rue calme parallèle à la rue de l’abreuvoir et dont les spécialités sont alors si connues qu’on ne la désigna bientôt plus que sous le nom de la « rue des m’tites jupes ». Si il n’y avait pas de vitrines pour vanter les services des maisons, tout à chacun savait ce qu’il venait y chercher.

Devant la caserne quand le jour s'enfuit, La vieille lanterne soudain s'allume et luit
Non, non, Lili Marlène n’était pas Dunkerquoise mais comme le port est aussi ville de garnison, certaines professions faisaient florès. Certes, les lupanars étaient traditionnellement signalés par une lanterne rouge. Difficile de se tromper sur la destination des lieux. L’on assure qu’à la belle époque, les meilleures maisons étaient au 2 et au 5 de la rue. N’entre alors pas qui veut. Les maisons soignent déjà leur «standing». Au salon, un pianiste rythme la soirée où ceux qui ont pu montrer patte blanche, sur la foi de leur bonne mine et de leur tenue, se délassent. La mère maquerelle, pardon, la tenancière appelle les filles qui se présentent tour à tour à la clientèle et attend le bon vouloir de ces messieurs. Bien évidemment, les femmes qui ne font pas commerce de leur charmes sont bannies de ces lieux de perdition… ce qui ne manque, bien entendu, de piquer leur curiosité, un peu comme ces clubs de gentlemen anglais strictement réservés à la gent masculine…

Dunkerque est aussi ville de carnaval. Rien de plus normal que les «pensionnaires» des maisons aient des permissions, notamment pour les bals… et que la bande des pêcheurs passe par la rue des casernes, mais nul ne dit si la Clique fait une halte devant ces «chapelles» (comme on appelle ces maisons en Flandre belge) particulières. Faut-il croire que plus délurées que les autres, ces demoiselles fassent des ravages dans les bals ? En tout cas, elles suscitent bien des mystères au point que régulièrement des carnavaleuses, profitant de l’anonymat du masque, s’invitent dans les maisons de tolérance, ne serait-ce que pour se rendre compte par elles-mêmes de ce qui s’y trame… Gare à elles alors !

La rue des Petites jupes n’est pourtant plus qu’un souvenir avec la loi Marthe Richard qui vient clore définitivement en 1946 le chapitre des «chaudes nuits» dunkerquoises, n’en reste plus qu’une chanson de masquelours pour en perpétuer le souvenir : Si ta femme te claque avec ta gueule déyors , Et que t’as le steckebeille qui est turbulent encore, Si ton zweck’che cherche une popecholée qu’on crupe, T’as qu’a aller faire un tour dans la rue des m’tites jupes

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