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vendredi 25 juin 2010

Lille : Les sauveurs béarnais de Léo Mohr reconnus Justes parmi les nations

Irène, Juliette et Alfred, les enfants de Claire et Léon Dubois, aux côtés de Léo Mohr (à droite).


Hier, à Lille, le ministre plénipotentiaire près l'ambassade d'Israël en France, Shmuel Ravel, a remis la médaille des Justes aux enfants de Claire et Léon Dubois. Ce couple de Béarnais avait recueilli Léo Mohr, jeune Lillois d'origine polonaise, qui s'est battu pendant cinq ans pour que leur héroïsme soit enfin reconnu.
PAR ANTOINE VAAST

«Le jour où il est arrivé, nous étions tous réunis au milieu de la cour. Il y avait mon père, ma mère, et même les voisins. Quand mon père a pris Léo, j'ai dit "J'ai un petit frère".» Près de 70 ans après, les souvenirs sont toujours aussi clairs dans la mémoire d'Irène. «La décision de me garder a été prise en moins d'une demi-heure, raconte, très ému, Léo Mohr. Ces gens-là avaient une générosité incroyable.» L'histoire commune de Léo et des Dubois démarre pourtant par une fuite tragique. Celle d'une famille juive de Lille qui tente d'échapper aux rafles nazies en 1942. Déjouer les contrôles grâce à de faux papiers, traverser les montagnes basques à pied pour enfin gagner la zone libre. Un périple d'une audace incroyable au bout duquel tous n'arriveront pas.

Installée à Gan, près de Pau, la famille Mohr doit bientôt fuir à nouveau les rafles. Leur dernier refuge est une ferme isolée sur les hauteurs de Bosdarros : Mirassou. C'est là que Léo est confié à Claire et Léon Dubois par sa mère.

De son année passée à Mirassou, Léo Mohr garde des souvenirs heureux et amusés. Le jour où il s'est fait piétiner par le troupeau de moutons qu'il devait garder. Celui où il s'est goinfré des cerises destinées au marché... «Je suis devenu un fermier enthousiaste car les bêtises étaient accueillies avec le sourire», se rappelle-t-il. Âgé d'une dizaine d'années, le jeune garçon s'adapte vite. «Je suis arrivé avec mon yiddish interdit et Le P'tit Quinquin, et je suis reparti avec l'hymne béarnais.» La suite, c'est la peur de la dénonciation, le vieux fusil de Léon, vétéran de 14-18, qu'il garde pour défendre la ferme contre quiconque voudrait s'attaquer à sa famille. Et puis, un beau jour, l'annonce de la Libération.

Léon Dubois décédera quelques années plus tard. Sa femme, Claire, vivra jusqu'en 1986.
Si Léo Mohr a toujours eu une conscience aiguë de ce qu'ont fait les Dubois pour lui, il lui aura fallu attendre longtemps avant d'entamer les démarches auprès de l'institut Yad Vashem pour qu'ils soient reconnus Justes parmi les nations. «Les années venant, je me suis rendu compte que ma vie ne tenait qu'à ce couple de paysans.» Cinq ans de procédure pour monter le dossier et le faire valider.

Irène, celle qu'il appelle toujours «petite soeur» a mis plus de temps à réaliser. «Je ne m'en suis rendue compte qu'adulte. Papa a risqué sa vie. Il nourrissait tout le monde.» Que ses parents soient élevés au rang de Justes, pour elle, «c'est quelque chose de très fort, un immense honneur. Je voudrais aller à Jérusalem pour voir le nom de mes parents inscrits sur le monument de Yad Vashem».
Une fierté qui se transmet. Mathilde, sa petite fille de 20 ans, aime à entendre les histoires d'Irène. «C'est une époque de l'histoire qui me touche particulièrement.»
in LA VOIX DU NORD, édition du 25 juin 2010

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