La suite d'Histoires du Nord ...

dimanche 30 mai 2010

Valentin Vautier, engagé à 18 ans dans une reconstitution au fort des Dunes


«Cela fait un peu plus d'un an que je suis entré dans l'association Thiérache histoire vivante. Ça a commencé tout jeune avec deux ou trois petites bricoles, puis avec un ami collectionneur qui a un musée juste à côté. À force d'accumuler, ça commence à devenir une collection. La passion vient comme cela, à regarder quelques films, à s'intéresser à l'histoire.» Depuis vendredi soir et jusqu'à cet après-midi, cette passion mène Valentin Vautier, 18 ans, d'Hirson à Leffrinckoucke...

PAR LAURENT LEYS

Dans son uniforme du 62e Régiment d'infanterie, le jeune homme se sent dans son élément. Autour de lui, son copain Sylvain Cavé, 17 ans, habillé de même, et des dizaines d'autres soldats, membres de quatorze associations de «reconstituants» venus de la France entière. Depuis hier matin et jusqu'à ce soir, ils animent le fort des Dunes, là où le commandant de la 12e Division d'infanterie motorisée, le général Janssen, un Ghyveldois, avait établi son PC début juin 1940.

«Tout l'équipement est à moi. J'ai récupéré les éléments à droite et à gauche, par des connaissances, dans des brocantes, des vide-greniers», explique-t-il, impeccable de ses brodequins à clous à son calot. Quand il le faut, il met la main à l'aiguille pour confectionner ou réparer telle pièce en tissu. Il porte de la copie de vêtements conformes aux originaux. On tâte le pantalon : «du drap de laine épais».

Commentaire : «Pour gratter, ça gratte un peu au début, mais après, on s'habitue.» Les bandes molletières viennent «d'une couverture américaine» : «Quand il fait chaud, c'est dur à porter, mais aujourd'hui, ça va.» «À chaque reconstitution, on amène le casque, le fusil MAS 36, la capote, les brelages, la cartouchière...» Parfois, l'association vient aussi avec un vélo, une moto, des véhicules...

«C'est ma gourmette»
À son poignet droit pend une plaque telle qu'en avaient les soldats afin de les identifier en cas de décès. «J'ai récupéré cette plaque vierge et je l'ai frappée à mon nom. Je la porte toujours. Depuis qu'elle est faite, je ne l'ai quittée que deux fois : quand je l'ai frappée et le jour où j'ai participé au tournage d'un film, Bataille d'un jour, d'Olivier Debras (1). Je jouais comme figurant et, pour une scène, il avait besoin de trois bonshommes en Allemands. » Cette plaque de métal, « c'est ma gourmette», dit-il.

Arrivé vendredi vers 22 h, Valentin Vautier ne pourra pas rester jusqu'à la toute fin de la présence des troupes au fort des Dunes ce soir. «On décolle dimanche dans l'après-midi. Ce sera plus facile pour la route. Et j'ai cours lundi au lycée horticole à Douai.» La tête encore pleine des souvenirs de son week-end à Leffrinckoucke, s'y rendra-t-il... la fleur au fusil ? •

(1) Documentaire-fiction sur le 19 mai 1940 à Crécy-sur-Serre (Aisne).

in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 30 mai 2010

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