La suite d'Histoires du Nord ...

lundi 31 mai 2010

Du mois de juin 2010

Juin est un mois où le temps a des sautes d’humeur comme celles de la fameuse Junon à laquelle, selon une des interprétations la plus fiable, il doit son nom, en référence à l’habitude courante chez les romains, de dédier à un Dieu les mois de leur calendrier.

Junon, déesse de la Fécondité, assimilée à l’Héra grecque, symbolise l’union des principes lunaire et solaire. Fille de Saturne et de Rhéa, elle est à la fois sœur et épouse de Jupiter et mère de Vulcain et de Mars. Comment voulez –vous que cela ne déclenche pas les foudres ? Qui plus est, elle était jalouse et vindicative, et d’un caractère acariâtre. Sans parler de ses disputes avec Jupiter ! Junon mit souvent le trouble dans l’Olympe. La nymphe Chélonée, la reine des Pygmées Pigas, les filles de Proctus, la nymphe Callisto, le berger Pâris, la nymphe Echo, furent autant de victimes de son mauvais caractère. La première fut transformée en tortue car elle était arrivée en retard au mariage de Junon. La deuxième fut changée en grue pour avoir osé se comparer à elle. Les deux suivantes furent changées en génisses alors qu’elles se proclamaient les plus belles, ou même en ourse ! Juin nous invite à nous replonger dans la mythologie. Si vous vous promenez dans le parc de Versailles vous retrouverez toutes ces nymphes et déesses et leurs allégories, notamment au fameux bassin de Latone.

Juin, c’est le mois des mariages et des mères à cause de la référence à Héra et la maturité qu’elle symbolise. Des quantités de croyances et légendes populaires en découlent dont, par exemple, la tradition en vigueur dans les temples de Junon qui voulait que les femmes se coiffent en séparant leur chevelure en deux, théoriquement avec la pointe d’une lance, pour symboliser la fusion des principes lunaire et solaire. C’est sans doute l’origine de cette coiffure des jeunes filles que l’on appelle les couettes !

Juin est un mois qui souffle le chaud et le froid et ses perturbations sont la résultante de l’influence de la lune dans sa course autour de la terre, selon qu’elle est croissante ou décroissante, voire gibbeuse, montante ou descendante, à son apogée ou à son périgée.

Qui n’a pas observé le temps qu’il fait de façon quasi systématique pendant le tournoi de Roland Garros et donc en début du mois de Juin ? C’est une période bien connue qui a été baptisée «mousson d’Europe» et nous en avons une belle démonstration cette année encore.
Vingt proverbes au moins maudissent la pluie de juin et ses méfaits notamment sur l’avoine que l’on récolte ce mois-ci. «Pluie de juin fait belle avoine et maigre foin» ou encore : «Beau mois de juin change l’herbe en beau foin».

Dans notre France rurale traditionnelle, et jusqu’à une époque récente (1950-1960) le cheval a été l’auxiliaire indispensable de l’homme, du voyageur et du guerrier, du commerçant et du paysan. D’où l’importance de l’avoine !

Mais quel proverbe citer ici qui n’ait son contraire ? «En juin la pluie est loin, et s’il pleut, chaque goutte est comme le poing» ou : «Juin larmoyeux rend le paysan joyeux». De façon générale la pluie de juin est plutôt néfaste, surtout si elle est persistante et s’accompagne d’un déficit de chaleur. Elle occasionne alors la dégénérescence des fruits et le pourrissement des fleurs non fécondées. Sous l’action des pluies abondantes, le pollen est entraîné et «coule». Il n’y aura alors pas de raisin, ( ce n’est pas le cas cette année, pour le moment !) pas de blé, donc pas de pain. Et si «Juin pluvieux vide celliers et greniers», «De juin vent du soir, pour le grain est bon espoir». Si la pluie est accompagnée de chaleur, le sort de la récolte est tout autre : «Prépare autant de tonneaux qu’en juin seront de jours beaux».

Qui ne connaît pas le fameux Saint Médard ? C’est le saint du calendrier le plus célébré par la verve «dictonne» : «S’il pleut à la saint Médard, il pleuvra quarante jours plus tard !». Ce dicton daterait du XI ème siècle. A cette époque, on vivait encore sous le calendrier «Julien». La saint Médard était alors située le 20 juin, proche du solstice d’été, période où la lumière solaire est la plus vivifiante, et époque où les influences astronomiques peuvent amener des troubles atmosphériques se traduisant par des orages et de la pluie. S’il fait beau ou pluvieux ce jour-là, les conditions de la saison s’en ressentiront sûrement. Cette forte croyance populaire avait donc alors des bases météorologiques solides. Avec les modifications sous le pontificat du pape Grégoire XIII, en 1582, la saint Médard fit un bon en arrière et sa pluie a perdu l’importance que les adages populaires continuent de lui prêter. On adopta alors saint Barnabé pour donner un sens restrictif aux dictons de la saint Médard. Mais les automatismes ont la vie dure !

Saint Médard était un picard, né à Salency, en 457, puis devenu évêque de Noyon. La légende dit qu’étant tout jeune enfant il s’était fait remarquer par sa grande compassion pour les pauvres et les malheureux. Un jour il rencontra un mendiant aveugle qui était presque nu ; il se dépouilla de son habit pour l’en revêtir. Puni par ses parents pour son geste charitable, il resta dehors tout nu. Survint un violent orage, fréquent en ces périodes. Il resta ainsi sous la pluie battante sans être mouillé. On dit même selon différentes versions, qu’un aigle le protégea des ses ailes. De là à en faire un «marchand de parapluies» comme en Belgique ou en Bretagne…ou d’en faire l’agent des eaux célestes, il n’y a qu’un pas que les siècles ont franchi. L’histoire a gardé la trace, plus vraie semble-t-il, d’un évêque, sacré par saint Rémi en 530, et qui parcourut inlassablement, malgré son grand âge ( pour l’époque ! 72 ans )- les villages, les bourgs et les hameaux de sa région, prêchant, administrant les sacrements et secourant les malheureux. Il mourut âgé de quatre-vingt-sept ans. C’est le jour de sa mort qu’on le célèbre. On ne saurait l’accuser de ce qui ne le concerne pas. La pluie ou le beau temps étant dus aux incidences du cycle lunaire. Sa fête et les dictons qui l’accompagnent ne sont que procédé mnémotechnique. «Quan ploou pers an Médar, de la recolto empouerto un quar; quan ploou pa, N’empouerto la mita.»(Quand il pleut pour la saint Médard, de la récolte il manque un quart, quand il ne pleut pas, il en manque la moitié).

Il faut aussi parler de son compère Barnabé : «Quand il pleut à la saint Médard, si Barnabé ne lui ferme pas son bec, il pleut quarante jours après !» C’est ce qui justifie le dicton suivant : «Le jour de la saint Barnabé (le 11 juin), est le plus beau jour de l’année.» C’est lui en effet qui vient : «Couper l’herbe sous les pieds» de son compère, baptisé de «grand pissard» et «reboutonner sa culotte». Pour faire le pendant à son compère Médard, on dit que Barnabé était «marchand d’ombrelles» !

Barnabé est un personnage atypique. Il était un juif, de la tribu de Lévi et vivait en fait sur l’île de Chypre. S’il n’a pas connu le Christ, il se convertit de très bonne heure. Il s’appelait Joseph et son nom fut alors changé en Barnabé, qui signifie «fils de consolation» ; c’est lui qui fit entrer Paul, autre juif converti, dans le cercle fermé des premiers Apôtres, les Galiléens. Il mourut sans doute à Chypre, et probablement martyr.

Nous aurons certainement quelques perturbations climatiques autour de ces deux dates car la nouvelle lune en ce mois de juin 2010 commence le 12, alors qu’elle sera au point le plus proche de nous – à son périgée - le 15, et que sa course autour de la terre coupera l’orbite terrestre à ce qu’on appelle un nœud lunaire le 13 pour passer d’une courbe montante à une courbe descendante alors qu’elle sera croissante. Le passage de la lune à l’une et l’autre de ces phases est toujours signe de perturbations et cela s’est avéré à chaque fois depuis le début de cette année. De l’influence de la lune !

Le 21 juin, jour du solstice – cette fois il s’agit du soleil – jour le plus long de l’année, notez le point de votre horizon où le soleil se lève, et celui où il se couche. C’est un bon repère à connaître. Il est alors au point le plus au Nord de sa course. La pleine lune de décembre suivra ce même chemin ! Vénus, pâle étoile du soir, la belle étoile du Berger, brille en ce moment, dans les voiles du couchant, un peu plus de deux heures après le coucher du soleil.

L’arrivée de l’été a toujours eu un lien étroit avec la musique. En créant ce jour la fête de la Musique, un ancien ministre toujours populaire n’a fait que reprendre cette vieille histoire qui lorsque le solstice avait lieu le 24 juin, sous le calendrier «julien», est à l’origine des notes de la gamme. Au XIème siècle, Guy, un moine d’Arezzo (990 – 1050), cherchait à la fois un système de notation (qui est à l’origine de la portée musicale) et un système de codification des intervalles musicaux, a imaginé ce qu’on désigne aujourd’hui par le mot de «gamme».
Partant des « tétracordes » des Grecs, ( lyre à quatre cordes, instrument du dieu Mercure) qui s’en servaient pour diviser l’octave en deux parties ( par exemple, dans le mode dorien : mi, ré, fa, ut, si / la, sol, fa, mi ) et constatant que, dans certains modes, les tétracordes se chevauchaient ( par exemple, dans le mode hypophrygien ou ionien : sol, fa, mi, ré / ré, do, si, la ),Guy d’Arezzo ajouta une note supplémentaire, plus basse que la dernière, et qu’il désigna par la lettre grecque gamma, d’où le mot :gamme.
Les notes étaient désignées alors par les premières lettres de l’alphabet. Il baptisa les notes de la gamme des syllabes initiales de chaque vers de l’hymne des Vêpres de la fête de saint Jean Baptiste pour que ce soit plus facile de les retenir/

Ut queant laxis
Resonare fibris
Mira gestorum
Famuli tuorum
Solve polluti
Labii reatum
Sancte Ioannes.

Ce qui signifie approximativement :( Pour que puisse résonner sur les cordes détendues de nos lèvres, les merveilles de tes actions, enlève le péché de ton impur serviteur, O saint Jean !) et n’a pas grand chose à voir avec la musique elle-même !
Ce détail historique est bien connu des bons amateurs de musique, même si quelques chercheurs tentent une nouvelle approche, comme récemment en 1988 MM Chailley et Viret dans La Revue Musicale, qui voudraient interpréter autrement cette origine du nom des notes. Ce serait bien dommage d’effacer cette jolie histoire !

La musique est donc bien au cœur du solstice et de la fête du grand saint Jean, bien avant la création récente de la Fête de la Musique.
Cette belle fête d’été se situe au moment où le soleil brille le plus longtemps. Elle a remplacé les fêtes païennes du solstice d’été et les feux de joie que l’on allumait un peu partout dans les campagnes.

Le solstice, autant que la fête de saint Jean, font référence à la lumière, ce qui nous vaut la tradition des feux de la saint Jean, au soir du 23 juin, tradition qui s’est perpétuée à travers les siècles et encore aujourd’hui dans nos campagnes. Seuls la sécheresse et les risques d’incendie viennent perturber ces vieilles coutumes.

Les feux sont réputés protecteurs des récoltes et la fumée censée purifier les danseurs et le bétail. Les futurs ménages se déclarent ce soir-là ; on enjambe volontiers les feux, car on les dit fécondants. Les cendres et tisons sont supposés garantir de la foudre ou de l'incendie et soigner les maladies des yeux. On emporte un tison du feu de la Saint Jean chez soi, pour protéger la maison de la foudre.

La tradition des feux de la saint Jean, au soir du 23 juin s’est perpétuée à travers les siècles, même si le concile d’Agde en 506, tenta d’imposer l’ordre chrétien. A Paris, le Roi de France lui-même allumait le feu de la saint Jean. Une fois en terre d’Amérique, les premiers colons français continuèrent cette coutume sur les rives du Saint Laurent, et vers 1638 la saint Jean devint la fête de la Nouvelle France. Aujourd’hui, le 24 juin est la fête nationale du Québec. Dans nos campagnes françaises, la coutume des feux s’est maintenue un peu partout. Même à Paris ! Au beau pays de Roussillon le feu descend du majestueux Canigou jusqu’à Perpignan et c’est l’occasion de belles fêtes dans toute la région.

C'est lors du solstice d'été que les produits de la terre, les plantes par exemple, contiennent le plus d'énergie solaire. Aussi, c'est en cette période que se cueillent les plantes qui combattent le feu, c'est-à-dire les brûlures. Ce sont les fameuses «herbes de la saint Jean» dont on dénombre une bonne trentaine, avec principalement le millepertuis qui protège du tonnerre, chasse le diable et améliore la vue ; l'armoise «ceinture de saint Jean» ; l'orpin «poivre de muraille» ; la verveine qui aurait le pouvoir de prémunir contre les cauchemars ; l'immortelle «herbe de saint Pierre» ; la fougère qui fleurit à minuit sonnant, et produit ses graines et les sème dans l'heure qui suit ; l'épervière, plante du soleil, employée par les druides pour chasser les démons ; on trouve aussi dans la liste les feuilles de noyer et le lierre terrestre. Ces plantes sont montées en bouquets, en croix ou en couronnes et mises au fronton des portes afin de porter bonheur, c'est : «le bouquet de la bonne aventure».

Nous n’oublierons pas, dans la nuit de la saint Jean, de cueillir les noix, ou les feuilles du noyer, pour faire le vin de noix à offrir aux amis. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire un livre étonnant sur ce sujet : «le guide des Fleurs» du Dr Bach, paru aux éditions Marabout. Il y prône l’usage de la «leibothérapie», avec toutes sortes de recettes plus ou moins efficaces et souvent, pour le moins bizarres ou farfelues. On n’arrête pas les croyances populaires !

La pleine lune se produira le 26 juin et il y aura éclipse de lune ce jour. De plus sa course autour de nous deviendra montante alors qu’elle-même commencera à décroître. Cela devrait provoquer des perturbations atmosphériques plus ou moins importantes. Ce pourrait être chez nous un temps lourd et orageux, avec une température d’environ 25 °c'est-à-dire ce qu’il faut pour que les cigales commencent à chanter, comme elles l’avaient fait au mois de juin 1662 quand Jean Racine alors à Uzès écrivait ces lignes à ses amis «parisiens» et de La Ferté :
«Pour moi je ne vois cela que de nos fenêtres. (Il regardait les paysans moissonner) car je ne pourrais pas être un moment dehors sans mourir. L'air est à peu près aussi chaud qu'un four allumé et cette chaleur continue autant la nuit que le jour. Enfin il faudrait se résoudre à fondre comme du beurre n'était un petit vent frais qui a la charité de souffler de temps en temps. Et pour m'achever, je suis tout le jour étourdi d'une infinité de cigales qui ne font que chanter de tous les côtés, mais d'un chant le plus perçant et le plus importun du monde. Si j'avais autant d'autorité sur elles qu'en avait le bon Saint François, je ne leur dirais pas comme il faisait:" Chantez ma sœur la cigale" mais je les prierais bien fort de s'en aller faire un tour jusqu'à Paris ou à la Ferté si vous n'y êtes encore, pour vous faire part d'une si belle harmonie

Bon mois de Juin 2010. Bon été ! Addisias !
Jean Mignot
Au 31 du mois de Mai 2010

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