La suite d'Histoires du Nord ...

mercredi 21 avril 2010

Vanstabel, l'autre Jean Bart


Encore un oublié de l’Histoire ! Vanstabel, cent ans après Jean Bart, sauve la France de la famine mais il est loin d’avoir la célébrité de son prédécesseur. Pourtant, ce n’est pas un hasard si la Préparation Militaire Marine de Dunkerque porte le nom de cet officier audacieux !…

Né en 1744 à Dunkerque, le jeune Pierre Jean Vanstabel s’engage chez les corsaires dunkerquois puis passe vite sur les bâtiments de commerce. Vite remarqué, on lui confie à 25 ans le commandement d’un navire. Le voilà employé par la Compagnie des Indes. En 1778, changement de cap : la France a besoin d’officiers de marine car elle participe à la guerre d’indépendance américaine. On lui confie successivement trois corsaires dunkerquois : la Dunkerquoise, le Rohan-Soubise puis le Robecq. Sur le Rohan-Soubise, sa bravoure est sans limite. Attaquant le navire corsaire anglais Amiral Rodney, il reçoit deux balles dans la gorge pendant le combat, se fait soigner et remonte immédiatement sur le pont donner ses ordres ! Remarqué par Louis XVI, ce dernier lui envoie une épée d’honneur ainsi que le brevet de Lieutenant de Frégate Auxiliaire. Il devient vite un spécialiste des convois maritimes.
En 1790, il accède au grade d’Enseigne de Vaisseau. Durant les premiers mois de la guerre contre l’Angleterre, il s’empare de 17 navires ennemis qui, pourtant, faisaient partie d’un convoi escorté sous bonne et forte garde. L’audace connaît chez Vanstabel assez peu de limites.

La France en Révolution
Petit souci en France, pendant la Révolution Française, il n’est pas de bon ton d’être noble. Nombre d’entre eux prennent les chemins de l’Exil… Parmi les Emigrés se trouve un nombre considérable d’officiers de Marine. Or la France a besoin de commandants expérimentés. Promu d’office Capitaine de Vaisseau en 1792, on lui confie le commandement du Tigre, un magnifique vaisseau de 74 canons.

C’est qu’en cette année 1792, la situation est catastrophique, si ce n’est désespérée. Attaquée de toutes parts, subissant une crise économique profonde, la France révolutionnaire a faim. La famine menace et il faut se résoudre à acheter du blé aux Etats-Unis. On confie à Vanstabel une division : 6 vaisseaux de ligne, trois frégates et trois corvettes. Sa mission est simple et compliquée à la fois : escorter un convoi de 127 navires de Brest à Chesapeake et revenir en évitant les escadres anglaises… Seulement, à son arrivée en Amérique, rien n’est prêt et il doit en plus négocier sa cargaison : 67.000 barils de farine, 376 de riz, 11.241 de café, 1.139 balles de coton mais aussi de l’indigo que l’Inde anglaise ne fournit plus, du bois, des peaux, des cuirs, de l’ivoire, de la morue, du soufre, etc.…

C’est les cales pleines que le convoi quitte la baie de Chesapeake le 10 avril. Les Anglais envoient à sa rencontre l’essentiel de sa flotte de la Manche sous les ordres de l’Amiral Richard Howe. Les Français envoient, quant à eux, le Contre-amiral Nielly et une petite escadre à la rencontre de Vanstabel tandis que l’Amiral Villaret de Joyeuse se porte à la rencontre des Anglais. Villaret de Joyeuse et Howe s’affrontent le 13 prairial an II (1er juin 1794). Cette bataille que les Anglais appellent le «Glorious First of June» coûte à la France six vaisseaux coulés et un pris ! Mais aucune escadre ne parvient à croiser la route de Vanstabel qui entre en rade de Brest le 13 juin. Il n’a perdu qu’un seul navire, son convoi de 127 bateaux est complet et en outre, il a encore fait des prises en route !

Avec Villaret de Joyeuse, il participe encore à la Croisière d’Hiver de décembre 1794 et janvier 1795, escorte un convoi à Ostende en 1795. Finalement, il devient le commandant général des Forces navales de la République dans les mers du Nord mais en 1797, il doit se résoudre à demander à être relevé de ses fonctions car sa santé chancèle. De retour chez lui, il s’éteint le 30 mars 1797. A un siècle d’intervalle, deux Dunkerquois, deux enfants du peuple, ont sauvé la France de la Famine…

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