La suite d'Histoires du Nord ...

mercredi 28 avril 2010

Robert de Cassel et Dunkerque

Il trône avec les autres grandes figures de l’histoire dunkerquoise sur la façade de l’Hôtel de Ville. En armure, arborant fièrement le Lion de Flandre, il fut pour un seigneur aussi important que sa fille Yolande de Bar…

Un apanage confortable
Fils du comte Robert de Béthune, sa destinée est intimement liée à Dunkerque. Obligé de renoncer au Comté de Flandre pour son frère aîné Louis de Nevers en 1318, il reçoit un confortable apanage : la Flandre maritime entre Dunkerque et Cassel, Armentières et Warneton, pour le dédommager d’avoir été exclu de la succession et, accessoirement de procurer assez de revenus pour ne rien contester le moment venu.


Il aurait fait construire le château protégeant la ville, et dote le port d’un quai digne de ce nom, là où n’était qu’une crique de sable. La ville gagne en importance et prospère. Il faut la doter d’institutions plus en rapport avec sa situation. Robert réorganise l’échevinage de la ville : le conseil comprend 22 membres dont le bourgmestre, les échevins et des conseillers qui non seulement gèrent la ville mais rendent aussi la justice pour les crimes et délits survenus sur son territoire. Encore faut il aussi être en mesure de défendre la ville. Il créé les trois guildes ou serments chargés de sa protection : les archers sous le patronage de Saint-Sébastien, les arbalétriers sous l’égide de Saint-Georges et les arquebusiers sous le patronage de Sainte-Barbe.


Contre les Flamands prompts à s’enrager
Après son mariage avec Jeanne de Bretagne en 1324, il est confronté l’année suivante aux soubresauts des révoltes flamandes. Les villes de Flandre vivent dans le souvenir de l’éclatante victoire du 11 juillet 1302 à Courtrai, où lors de la bataille des Eperons d’or, les milices flamandes ont fauché la fine fleur de la chevalerie française ! Les Flamands sont en colère contre un Roi de France qui veut limiter leurs franchises et privilèges, dont les chevaliers maintiennent les droits féodaux et qui lèvent des impôts sans cesse plus lourds. Les insurgés en veulent particulièrement au Comte Louis de Nevers. Si Robert de Cassel semble avoir soutenu les révoltés au début du mouvement, il se range aux côtés du Roi, à qui il renouvelle son serment de fidélité. Les révoltés entrent dans Dunkerque, démolissent le château et saccagent la ville.
Or le Comte Louis de Nevers a sollicité plusieurs fois l’aide du Roi. Profitant du Sacre à Reims, Philippe VI de Valois convoque l’Ost royal à Arras pour juillet 1328. L’armée se met en marche dès l’arrivée de l’oriflamme de Saint-Denis. Pour forcer les Flamands à se battre en rase campagne, où la chevalerie peut donner le meilleur d’elle-même, il ravage la Flandre jusqu’aux portes de Bruges. Le gros de son armée marche sur Cassel. Retranchés dans la ville, les insurgés l’attendent. Ils ne peuvent qu’observer les noires fumées des incendies obscurcir le ciel. Philippe VI arrive à la tête de 29 bannières, le comte d’Artois en aligne 22. Philippe de Valois se souvient du désastre de Courtrai et n’engage pas ses chevaliers à la légère. Ces derniers méprisent les Flamands de basse extraction, tout juste bons à rosser. Ils ôtent leurs armures et prennent leurs aises. Les Flamands, décidément peu respectueux des usages de la guerre, attaquent à l’improviste et surprennent la piétaille qui fait… la sieste et qui ne peut que fuir ! On la retrouve le lendemain groupée aux alentours de Saint-Omer. L’alerte court dans le camp. Le roi, en robe bleue brodée des fleurs de Lys, coiffé d’un simple chapeau de cuir, rameute sa cavalerie et prend la tête de l’attaque au cri de « Qui m’aime me suive » ! Les insurgés se rangent en cercle, ne peuvent plus se replier. Trop près, les archers ne sont pas efficaces ! Le Comte de Hainaut mène avec ses hommes une charge tournante, faisant voler les têtes par le tranchant de leurs épées. Aucun insurgé ne survit. Les chevaliers français ne s’en tiennent pas là : ils incendient Cassel. Ypres et Bruges se soumettent et Louis de Nevers reprend son autorité en réprimant à tour de bras. Quant à Robert de Cassel, fidèle au Roi, il impose de lourdes contributions aux Dunkerquois, confisque les biens des rebelles, indemnise ses fidèles. Finalement en 1329, il rend à Dunkerque ses coutumes et ses lois puis s’éteint à Warneton en 1331. Son fils hérite de l’apanage mais en jouit peu de temps car il décède lui aussi quelques mois après lui et c’est tout naturellement (en Flandre) que sa sœur, une certaine Yolande, future comtesse de Bar, prend la succession… Elle n’en fera pas moins reconstruire le château en 1336.

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