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mardi 20 avril 2010

Dunkerque, Une rue et une cave : les archéologues exhument un peu du passé de la ville

Une rue ? Où ça ? Là, juste entre deux pans de briques qui dépassent à peine du sol. Un oeil inexpérimenté ne distinguerait rien d'autre qu'un tracé long d'une vingtaine de mètres en très légère courbe et recouvert de terre. Mathieu Lançon, le doigt en direction de rares pavés, voit, lui, « la rue Saint-Gilles ».
PAR LAURENT LEYS

Selon le responsable d'opération de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) Nord - Pas-de-Calais, «cette rue serait un marqueur fossile de Dunkerque». Un Dunkerque vieux d'un millénaire, enfoui sous le bitume du parking, au pied du pôle universitaire Lamartine.

La pelleteuse, la pelle, la truelle révèlent les premiers éléments. Comme cette vaste cave construite à une période encore indéterminée et qui se trouvait sous une maison détruite lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Étonné de trouver de tels vestiges, Mathieu Lançon ? Pas vraiment. «Ici, nous sommes dans l'un des quartiers les plus anciens, à l'intérieur de l'enceinte bourguignonne dont ne subsiste que la tour du Leughenaer, place du Minck. Nous savions que nous allions tomber sur quelque chose», explique-t-il. Des plans anciens et un cadastre du début du XIXe siècle attestent cette urbanisation.

Toujours sur la foi de documents, M. Lançon parle de «l'hôpital royal militaire» du XVIIe siècle. Il s'élevait un peu plus loin, derrière de petites constructions (comme une citerne) que trois autres archéologues dégagent.

«On décape la couche du Dunkerque d'avant 1945. Nous sommes sur une étape de diagnostic archéologique, opération préalable à une éventuelle fouille de plus longue durée, déclare-t-il. Nous cherchons des endroits pour effectuer des sondages, évaluer le potentiel de la zone, sans détériorer les stratigraphies anciennes. Le but, c'est d'atteindre le niveau géologique, avant l'occupation humaine. Ici, c'est du sable de dune.» Lancée fin mars, la première phase de ce «diagnostic» concerne une superficie de 3 à 4 000 m², interdite au public. Elle durera jusqu'en juin. D'ici à la fin de l'année, les archéologues vont «explorer» 10 % d'une zone de 17 000 m². Et les remparts, ces fameux remparts du XVe siècle dont on dit qu'ils se trouvent devant le théâtre, sous la place du Général-De-Gaulle ? «Nous sommes sûrs du tracé à cinq ou dix mètres près, mais nous ne sommes pas sûrs de les trouver», avance Mathieu Lançon avec prudence. Dunkerque, ville maintes fois détruite et reconstruite, protège ses secrets.
in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 20 avril 2010

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