La suite d'Histoires du Nord ...

vendredi 30 avril 2010

Du mois de mai 2010

«L’hiver n’est pas achevé que la lune d’avril ne nous ait houspillé». Cette lune c’est la lune rousse qui a commencé son cycle le 14 avril, en fanfare, du moins chez nous à Uzès, avec un bel orage et de la grêle, puis trois jours de brouillard, et ensuite du très beau temps, chaud, ce qui pouvait nous laisser penser que les beaux jours étaient enfin arrivés. Mais je vous avais dit que la pleine lune du 28 avril pouvait nous apporter quelques surprises. Les perturbations sont annoncées un peu partout avec ce mois de mai qui, avec les derniers saints de glace de la série, nous promet du mauvais temps et beaucoup de pluie. Les observateurs les mieux renseignés et les sites internet accessibles à chacun de nous, prévoient, pluie, et baisse des températures. On le constate déjà aujourd’hui. Certes mes observations sur le cycle lunaire ne trouvent pas toujours d’écho favorable, comme hier soir, auprès d’un conférencier qui sur la base des observations de sites comme celui de la NASA, nous annonce, sur la France, d’importantes précipitations, et sur notre Midi, quelque chose de l’ordre de 100mm de pluies, tout en refusant de reconnaître un lien avec le cycle lunaire. Il accepte à peine la relation lune et marées ! Il n’empêche que les observations de nos anciens qui les ont amenés à inventer des dictons, reposent bien sur des constats qui rejoignent une analyse plus scientifique. Pourquoi ces «scientifiques» refusent-ils ce qui est le fruit de l’expérience et de l’observation ? Rien d’étonnant alors que Claude Allègre dans son livre si décrié, écrive : «Nous avons trop de jeunes scientifiques qui sont fascinés par l’ordinateur. Ils négligent l’observation, le raisonnement, le bon sens. Ils préfèrent les spéculations, le virtuel, plutôt que l’observation du réel»…Depuis deux jours la lune rousse commence de nous houspiller avec sa kyrielle de saints et semble me donner raison !

Pour saint Philippe et Jacques, autrefois le 1er mai : «Quand il pleut à la saint Philippe, n’apprête ni tonneau ni pipe" ; Ou encore :«Quand il pleut le premier jour de mai, les vaches perdent la moitié de leur lait.» Et aussi : «Quand le premier mai la pluie oint, il n'y aura pas le moindre coing». Pour saint Jacques le Mineur à la même date : «Si l’apôtre saint Jacques pleure, bien peu de glands demeure». En revanche, un gentil coup de soleil annonce une belle récolte : «La veille de saint Jacques, si tu as le soleil de Pâques, compte que, pour la moisson, le blé sera dru et bon». L’Invention (la découverte) par sainte Hélène, de la sainte Croix le 3 mai : «Pluie de la sainte Croix, disette de noix» ; il faut désormais se hâter de semer si on ne l'a pas encore fait pour avoir des récoltes cet été : «A la sainte Croix, semailles partout» . Le 6 Mai, saint Jean de la Porte Latine. - c’est à dire le martyr de saint Jean l’Evangéliste devant la porte latine à Jérusalem - : «S’il pleut à la petite saint Jean, toute l’année s’en ressent, jusqu’à la grande saint Jean» (Le 24 Juin). Saint Antonin le 10 mai : «C’est à la saint Antonin, que vend son vin le Malin». Et enfin, Saint Mamert le 11 mai, saint Pancrace le 12 mai et saint Servais le 13 mai Les trois saints de glace les plus connus dont je citerai un autre proverbe : «Les trois saints au sang de navet, Pancrace, Mamert et Servais, sont bien nommés les saints de glace !» dicton attribué à Rabelais.

Au 5ème siècle, d’importantes calamités s’étaient abattues sur la vallée du Rhône au point que l’évêque de Vienne, Mamert, (420-477) prescrivit des prières et des litanies. Ce sont les fameuses «Rogations» qui ont été étendues à toute la chrétienté en 816, pour les trois jours avant la fête de l’Ascension. C’est à dire cette année les 10, 11 et 12, vers la fin du cycle de la «lune rousse». Tout naturellement, Mamert, avec ses compères Pancrace et Servais est au rang de ces fameux « Saints de Glace » si redoutés !
«Méfiez-vous de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, Car ils amènent un temps frais, Et vous auriez regret amer.» Vous connaissez bien d’autres dictons à leur sujet. Ne cherchez plus leurs noms dans le calendrier, ils ont été remplacés par Estelle, Achille et Rolande, après la réforme liturgique de Vatican II. Les supprimer n’a rien changé au temps et aux influences de la lune.

Si on regarde l’histoire de la météo, ou si votre grand-père a noté le temps, surtout dans les régions où cette période revêtait une importance capitale, comme chez nous à cause de l’élevage des vers à soie, pour lesquels il faut de la chaleur, mais aussi des feuilles de mûriers fraîches, vous trouverez que, en l’année 1897, par exemple, du 11 au 13 mai, il a gelé, et les dégâts ont été d’autant plus importants que l’hiver avait été bénin, et que la végétation était bien avancée ! Cette année là, le Cher avait été dévasté. Les vignes avaient gelé, ainsi que les pommes de terre, les haricots et les fraisiers. A Angers, la gelée avait ravagé les cultures au sud de la Loire mais épargné celles qui se situaient au nord du fleuve ! Dans notre région du Gard les feuilles de mûriers avaient gelé et avaient fait défaut pour nourrir les vers à soie…Ce fut une catastrophe. Dans nos histoires locales, on trouve partout traces de ces gels dus aux méfaits des saints de glace, et à la lune rousse.
Voici encore une petite histoire et une preuve de plus que ce mauvais temps n’est pas si nouveau que ça en ces périodes.
Le 1e mai 1780, sur les terrasses du palais de Sans-Souci, l’air était tiède, le soleil chaud. Le grand Frédéric se promenait et s’étonna que les orangers fussent encore enfermés. Il fit appeler son jardinier, et lui ordonna de faire sortir les arbres. «Mais Sire, lui objecta le jardinier, vous ne craignez donc point les trois saints de glace ?». Le roi philosophe se mit à rire et renouvela son ordre. Jusqu’au 10 mai tout alla bien ; mais le jour de saint Mamert, le froid survint ; le lendemain jour de saint Pancrace, la température baissa davantage, et il gela fortement dans la nuit. Les orangers furent gravement endommagés.
Le 13 mai ce sera l’Ascension, pour laquelle nous trouvons le dicton : «A l’Ascension, dernier frisson». C’est alors vraiment qu’on pourra affirmer : «En mai fait ce qu’il te plait !» «Oou mes de maï faï ce que ti plaï !» et «Qui s’alaoujo avant lou mes de maï, segur nuon soou ce que faï !»
De glace ou de grêle ou de froid, peut-être pas, mais du mauvais temps cette année, de façon quasi certaine, jusqu’au 14, jour de la nouvelle lune. Curieusement on trouve pour ce jour, fête de saint Boniface : «Au jour de la saint Boniface, toute boue s’efface». Et pour la sainte Denise, le 15 mai : «A la sainte Denise, finie la bise» ou «A la sainte Denise, le froid n’en fait plus à sa guise

Nous pourrons alors respirer et penser à du meilleur temps. J’écoutais ce matin un vigneron du coin dire son inquiétude pour les jours qui viennent. Les bourgeons de vigne sont éclos. Il faut éliminer ceux qui ne porteront pas de fruits et qui pomperaient inutilement la sève, sans porter de fruits. Ce sont «les gourmands». Mais il faut mener à terme l’éclosion des autres et les protéger. Il sera sûrement tranquille à partir du 25, pour la saint Urbain. (Faites la liaison et vous trouverez un lien avec le mois de mai et la fête du travail !) : «Que la saint Urbain ne soit passée, Le vigneron n’est pas assuré.»

Ce mois de mai est un mois très attendu par tous, pour ses fêtes, pour ses jours fériés et pour ses ponts, et pour les congés payés dont il faut utiliser le reliquat au plus tôt.
Bien des fêtes qui se déroulent en ce début de mois, sont organisées autour des fleurs et des jardins, reprenant en cela la vieille tradition romaine des «floralia», trois jours où l’on fêtait les fleurs. Les femmes s’habillaient de couleurs vives. Les animaux réputés pour avoir un tempérament érotique étaient lâchés dans les rues et on s’amusait à leur courir après. On lançait des graines de pois, de fèves et de lupins pour favoriser l’éclosion de la nature printanière. Un de nos dictons nous recommande pour le 3 mai : «Pour la sainte Croix, on sème les pois».
On sait que les fêtes de Flore, suspendues pendant de longues années, furent rétablies en 581, sur ordre du Sénat romain, par l’édile Servilius, parce que des intempéries avaient fait souffrir les bourgeons des arbres et les légumes. Une preuve de plus sur les observations du mauvais temps de cette période. On ne parlait pas encore de la lune rousse ni des saints de glace.

Au jardin, Il faut surveiller les arbres, car le mauvais temps et l’excès d’humidité favorise les maladies. C’est un bon moment pour traiter et pour pailler les fraisiers afin de récolter des fruits sains et propres. On peut tailler les arbustes ayant fleuri et supprimer les tiges tordues ou mal formées pour leur donner une belle forme. Entre autres travaux de jardinage… !

Je ne parlerai pas ici de l’origine de notre 1er mai car nous allons entendre et réentendre cela à longueur de journée demain, ni même de l’origine du muguet. Les médias vont nous rappeler tout cela. Par contre j’aimerais vous faire parler d’une vieille coutume de nos ancêtres, qui voulait que mai soit le mois où se tenaient les assemblées politiques. C’était d’abord chez les Francs, au mois de mars, une réunion des guerriers autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant leurs boucliers de leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos élus et le claquement de leur pupitre dans les assemblées. Ils nous en donnent souvent le spectacle, en particulier dans les séances télévisées en direct le mercredi après-midi. Bel exemple de comportement ! Je tiens à préciser aussi que chez les Francs, il n’était pas question d’absentéisme !
Sous Charlemagne, la date de ces assemblées fut repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, prirent bientôt un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comptes et seigneurs. Le rôle des guerriers s’effaça peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; «les champs de mai» furent remplacés par «les Etats Généraux». On se souvient en particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et de ceux de mai 1789 !

Mai tient le record non seulement de fêtes légales et fériées mais aussi c’est en mai que l’on dénombre le plus grand nombre de commémorations, fêtes ou journées dédiés à telles ou telles causes plus ou moins importantes. Au moins 34 pour ce seul mois !
Cela va de la très grave journée mondiale de l’asthme, le 2 mai, c’est la période des allergies avec le pollen des plantes des arbres et des fleurs, à la journée des espèces menacées le 11, à celle de la lutte contre l’homophobie le 17, en passant par la journée européenne de la mer le 20, ou par celle de la diversité culturelle le 21. Je relève encore la si noble cause des enfants disparus le 25, ou à plus originale journée de la Serviette le 25, Towel Day, qui célèbre par le port d’une serviette le deuil de l’auteur de science-fiction Douglas Adams, ou à la plus fantaisiste Journée sans pantalon le 5 mai.. Une certaine idée de la liberté, qui remonterait aux années 1985/1986, inventée probablement à l’Université d’Austin, journée où le port du pantalon, est banni, mais celui des jupes, robes shorts et kilts autorisé. Mais oui ! Il y a des photos très drôles sur internet sur ce sujet. Il faudrait aussi citer en début de mois la fête de Beltaine grande fête religieuse de l’année celtique, qui après la fête de Samain, marque la fin de la saison sombre, (voir Halloween en début novembre). Il ne faut pas oublier la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai, ou le si grave Mémorial day du dernier lundi de mai aux USA. La belle fête des Voisins le dernier mardi du mois soit le 26 mai cette année, prend de plus en plus d’ampleur. Elle est due à Atanase Périfan, qui avait lancé cette idée dans le 17ème arrondissement de Paris en 1999. Il y a encore le National Sorry Day, qui est lui un évènement australien de demande de pardon aux Arborigènes pour le tort causé à leurs familles. Il y a aussi le Cinco de Mayo au Mexique qui remémore la triste expédition française du Mexique, le Kodomo no hi Jour des enfants au Japon. Nos amis Canadiens ont ce mois-ci leur fête de la Reine ! et j’en oublie sûrement ! Bien sûr la fête des Mères qui sera le 30 du mois cette année.

Encore heureux que cette longue n’amène pas trop de manifestations perturbant le déroulement du travail et de notre quotidien ! car alors nous pourrions dire avec ce bon Monsieur de La Fontaine et son savetier :

«Le mal est que dans l’an, s’entremêlent des jours
Qu’il faut chômer. On nous ruine en fête.
L’une fait tort à l’autre et Monsieur le Curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône


Je vous rappellerai encore que le 31 mai 1578, on posait la première pierre du pont qui relie les deux rives de la Seine, et s’appuie sur la pointe de l’île de la Cité. Il pleuvait très fort ce jour là. Henri III qui présidait la cérémonie, était en pleurs. Le matin il avait assisté au service funèbre donné en mémoire de ses mignons favoris, Quelus et Maugiron, tués en duel. Devant ce spectacle les Parisiens proposèrent alors de baptiser l’ouvrage : «le Pont des Pleurs», notre Pont Neuf d’aujourd’hui. Ce pont était prévu pour accueillir des maisons. Elles ne furent jamais construites. Henri IV qui résidait au Louvre, jugeait qu’une rangée de maisons, avec des latrines en arrière façade, dépareraient la vue. La vogue de ce pont, facilitant la circulation fut prodigieuse. Rapidement investi par les marchands ambulants, les bouquetières, les chansonniers ainsi que les coupeurs de bourse, tire-laine et filles accortes, a donné naissance à ce dicton : «Sur le Pont neuf on rencontre, à toute heure : un moine, un cheval blanc et une prostituée…»

Voici plus joli encore, même si je l’ai déjà écrit l’an dernier dans pareille chronique. Au mois de mai 1654, Jacques de Ranchin, neveu des Ranchin d’Uzès, ébloui de voir Sylvie de Rossel, la fille de Claude de Laudun sortant de l’hôtel d’Aigaliers en tomba aussitôt amoureux. Le coup de foudre dirions-nous aujourd’hui ! Il lui écrivit ce que Ménage a baptisé «le roi des triolets »:
Le premier jour du mois de Mai
Fut le plus heureux de ma vie.
Je vous vis et je vous aimai,
Le premier jour du mois de Mai.

Le beau dessein que je formai !
Si ce dessein vous plait Sylvie,
Le premier jour du mois de Mai,
Fut le plus heureux de ma vie.

Le lendemain il alla demander la main de Sylvie à Madame d’Aubarne d’Aigaliers, et le 24 mai 1654, bien qu’il soit de mauvais goût de se marier en mai, il l’épousait au temple d’Uzès. Ce furent des noces splendides qui durèrent un mois.

Adissias !
Jean Mignot le 30 avril 2010

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    bravo pour vos recherches, c'est avec plaisir que je vous retrouve pour la suite d'Histoires du Nord.
    Bonne journée

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